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Québec sortira les boissons sucrées très alcoolisées des dépanneurs et épiceries

Moins de deux semaines après le décès d'une adolescente intoxiquée à l'alcool à Laval, le gouvernement Couillard s'apprête à retirer les boissons sucrées à haute teneur en alcool des dépanneurs et des épiceries.

La mesure a été annoncée mardi par le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux. Elle prendra la forme d’un amendement à son projet de loi 170 sur la modernisation de la Loi sur les permis d'alcool.

L’amendement fera en sorte que toutes les boissons sucrées à base de malt contenant plus de 7 % d’alcool seront vendues seulement par la Société des alcools du Québec (SAQ). Il devrait être adopté d’ici la fin de la session parlementaire en cours, qui se termine en juin.

Actuellement, des boissons sucrées dont les taux d’alcool atteignent près de 12 %, soit l’équivalent de quatre verres de vin par canette, sont en vente dans les dépanneurs et les épiceries de la province. Ces boissons fortes, commercialisées pour séduire les jeunes, avaient fait l’objet de nombreuses critiques et mises en garde de la part de groupes de prévention, qui déploraient plusieurs cas d'intoxication au Québec.

Lors de son annonce, mardi, le ministre Coiteux était accompagné de sa collègue Lucie Charlebois, ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie. Celle-ci a présenté un très attendu rapport de l’Institut national de santé publique.

La ministre a déclaré que plusieurs recommandations, notamment sur l'éducation, seront prises en compte.

« On a des spécialistes qui ont réfléchi, ramassés de la documentation. Ils nous arrivent avec des recommandations pertinentes, a dit Mme Charlebois. Faire les choses trop vite, ce n'est pas mieux que de ne pas en faire du tout. »

Québec presse toujours Santé Canada d'intervenir dans le dossier.

« Nous, on va procéder par voie législative avec nos juridictions à travers le projet de loi qui est déjà devant l’Assemblée sur la réforme de la Régie des alcools, des courses et des jeux, de façon à faire en sorte qu’on limite l’accessibilité à ces produits-là », a-t-il ajouté.

Mort d'une adolescente

Ces mesures surviennent deux semaines après le décès de la jeune Athena Gervais, à Laval.

L’adolescente âgée de 14 ans a été retrouvée morte dans un ruisseau derrière son école secondaire quelques jours après avoir bu des canettes de ce type de boisson.

Le gouvernement Couillard a appelé Santé Canada à réglementer le contenu et la commercialisation de ces boissons, et il a demandé aux commerçants de les retirer volontairement de leurs tablettes, avant d’opter finalement pour un amendement à la loi qui interdira la vente de ces produits ailleurs que dans les succursales de la SAQ.

Ce changement de cap a fait dire au chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, en point de presse : « Je vais être gentil : peut-être qu’ils se sont informés. »

Un geste « vraiment positif », selon le père d'Athena

« Je trouve que le gouvernement a déjà fait un grand pas dans le bon sens », a estimé Alain Gervais, père de la jeune Athena, en entrevue à RDI.

« En resserrant les lois, ça envoie un signal clair, a-t-il dit. […] Il faut établir des limites quelque part. Le contrôle, il n’y en avait pas. De voir que des lois vont être adoptées dans ce sens-là, c’est vraiment encourageant. »

Hubert Sacy, directeur général de l’organisme Éduc’alcool, est pour sa part demeuré prudent.

La mesure contre les boissons sucrées très fortes, qui « camouflent le goût et les effets de l’alcool », constitue néanmoins « un pas dans la bonne direction », a-t-il reconnu sur les ondes de RDI.

Mais il faut aller plus loin, a-t-il prévenu, en demandant aux autorités provinciales de fixer un prix minimum pour ces boissons qui sont souvent offertes à des prix très invitants pour les jeunes.

Leur vente exclusive dans les succursales de la SAQ permettra un certain contrôle sur les prix de ces produits, qui sont beaucoup trop abordables, selon le directeur d’Éduc’alcool.

« Des experts en santé disent que le prix normal d’un verre d’alcool devrait être autour de 1,60 $, explique M. Sacy. Autrement dit, une canette de Four Loko ou de FCKUP devrait coûter 6,40 $ au lieu de coûter 3,33 $ comme c’était le cas avant. »

En plus de la distribution et du prix des boissons sucrées fortement alcoolisées, Éduc’alcool réclame une réglementation de la publicité et de la promotion de ces produits.

Le gouvernement fédéral peut aussi faire sa part, selon M. Sacy, en interdisant tout simplement ces boissons au pays ou en limitant à un verre standard la quantité de produit dans chaque canette.

Alain Gervais attend lui aussi un geste d'Ottawa.

« Ils vont sûrement avoir une réaction, a-t-il dit. Je le souhaite. Si les deux paliers de gouvernement peuvent avancer, le dossier va vraiment faire un bond incroyable. »

« Tant que le fédéral n’aura pas bougé aussi, qu’on n’aura pas fait le tour de la question et établi des normes, notre mission ne s’arrêtera pas », a averti M. Gervais.

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