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Québec sur la défensive dans le dossier des fugues d'adolescentes

Le sort alarmant de jeunes filles qui tombent entre les griffes de proxénètes alors qu'elles sont censées être à l'abri entre les murs des centres jeunesse a donné lieu à tout un débat, mercredi, à Québec.

L'opposition accuse en effet le gouvernement Couillard de s'être croisé les bras dans ce dossier. Les libéraux répliquent qu'ils n'ont jamais cessé de travailler à prévenir et à contrer l'exploitation sexuelle, notamment celle perpétrée contre des mineures.

Le point sur lequel les parlementaires semblent s'entendre, c'est qu'il importe d'agir après le cri d'alarme lancé par des familles la semaine passée pour qu'on retrouve leurs filles respectives, en fugue et potentiellement les proies de gangs de rue.

Les centres jeunesse, un haut lieu de recrutement

Le débat a été ravivé d'autant qu'il a été révélé que les auteurs d'un rapport interministériel avaient identifié les centres jeunesse comme un haut lieu de recrutement de mineures pour l'exploitation sexuelle menée par des proxénètes. Et ce, dès février 2014, soit deux mois avant que les péquistes ne cèdent le pouvoir aux libéraux.

C'est ce qui a poussé le député caquiste de Beauce-Nord, André Spénard, à dire en pleine Assemblée nationale « qu'autant l'ancien gouvernement que le gouvernement actuel ont laissé traîner les choses ».

En ce qui a trait à ce rapport, le Parti québécois a accusé les libéraux de Philippe Couillard d'avoir fait table rase du travail de ce comité. « Chaque jour qui passe, on en apprend plus sur ce que le gouvernement savait lorsqu'il a pris le pouvoir en avril 2014 et les décisions qu'il a prises de ne pas agir », a déclaré le député de Rosemont, Jean-François Lisée, qui est aussi le porte-parole péquiste en matière de services sociaux et de protection de la jeunesse.

Pendant que les gangs de rue recrutent, les policiers ne suffisent pas à la tâche

Dans des extraits du rapport dont Radio-Canada a obtenu copie, les auteurs parlent non seulement du recrutement qui s'effectue dans les centres jeunesse, mais aussi de celui qui s'exerce à proximité de ces derniers, de même que dans les gares d'autocars et les stations de métro, ainsi que dans certaines écoles secondaires à Montréal.

Les auteurs du rapport notent aussi l'insuffisance d'effectifs policiers pour contrer le problème.

Par exemple à Montréal, le petit nombre de policiers s'occupant de ces dossiers a de la difficulté à répondre aux plaintes reçues. Au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), une seule personne agit à titre de témoin expert pour ces questions, selon ce qu'indiquait le rapport en 2014.

Or, de l'avis de Jean-François Lisée, le gouvernement de Philippe Couillard n'a pas aidé les centres jeunesse lorsqu'il leur a asséné des compressions budgétaires de 20 millions de dollars. Des compressions qu'avaient d'ailleurs dénoncées les directions de la protection de la jeunesse (DPJ) du Québec et les syndicats, en septembre 2014.

M. Lisée affirme en outre que Lise Thériault, alors ministre de la Sécurité publique, avait dit non en 2014 au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) « qui demandait des fonds pour une unité mixte sur l'exploitation sexuelle des jeunes filles ».

Les ministres se défendent

Dans un impromptu de presse donné dans les couloirs de l'Assemblée nationale en après-midi, les ministres Lise Thériault et Stéphanie Vallée ont tenu à « rectifier les faits ».
« Il est faux, archifaux, de dire que le gouvernement ne fait rien, qu'on a arrêté les travaux ou qu'on a tabletté des rapports », s'est exclamée Mme Thériault, qui est maintenant ministre responsable de la Condition féminine.

Lise Thériault a expliqué que le rapport interministériel, dont des extraits ont coulé dans les médias mercredi, était en fait le résultat du travail d'un comité de fonctionnaires « qui étaient à la recherche de solutions ».

La ministre soutient que les résumés des consultations régionales et suprarégionales des fonctionnaires « ne sont jamais montés sur son bureau » lorsqu'elle était ministre de la Sécurité publique « parce que les travaux n'étaient pas complétés ».

Les fonctionnaires avaient rencontré 261 groupes communautaires ou sociaux qui travaillent de près ou de loin sur des problèmes d'exploitation sexuelle, un peu partout dans la province.

« On cherche à mettre en place les meilleurs moyens pour contrer tant les agressions sexuelles que l'exploitation sexuelle », affirme Stéphanie Vallée.

Les ministres Thériault et Vallée assurent que tous ces travaux vont mener à un plan d'action global « au cours des prochaines semaines ».

De plus, assure la ministre de la Justice, la question de l'exploitation sexuelle n'a pas été mise en veilleuse par les corps policiers ni par le Directeur des poursuites criminelles et pénales.

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