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Québec veut mieux soutenir la culture... mais le budget viendra plus tard

Le ministre de la Culture du Québec a dévoilé mardi son projet de politique culturelle, une semaine après avoir fait l'objet de vives critiques pour l'octroi de 4 millions de dollars au Conseil des arts et des lettres de la province (CALQ), une somme jugée insuffisante par nombre d'intervenants du milieu artistique.

Fort mécontents de cet octroi de quatre millions, le Mouvement pour les arts et les lettres (MAL), le Conseil du théâtre (CQT) ainsi que des personnalités influentes du monde théâtral évaluent plutôt à 40 millions de dollars les besoins du milieu artistique québécois.

Mais le ministre de la Culture du Québec, Luc Fortin, affirme qu'il n'a pas dit son dernier mot. Ces 4 millions supplémentaires accordés au CALQ apportent de l'« air » et « davantage de marge de manœuvre », a-t-il fait valoir en conférence de presse, mardi, à Longueuil.

Luc Fortin soutient n'avoir jamais « prétendu que ça allait régler tous les problèmes » et il s'engage à mettre en priorité le CALQ et le soutien aux créateurs à l'avenir, sans préciser davantage.

Une politique pour les années à venir

C'est dans un document de 50 pages que le gouvernement de Philippe Couillard a décrit sa vision de l'avenir dans le monde de la culture. Ce projet de politique intitulé « Partout, la culture », est le fruit d'une consultation menée l'an dernier par le ministre Fortin, qui a entendu les suggestions et les doléances de quelques centaines de groupes, dans 17 régions de la province.

La consultation citoyenne se poursuit actuellement sur Internet et se conclura les 5 et 6 septembre par un forum.

Aucun cadre financier n'a été annoncé par Québec en lien avec cette politique.

Pour la présidente de la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEQ), Monique Simard, « il faudra des ressources aussi pour accompagner l'application de la politique ».

Monique Simard salue cependant le « sérieux » qu’a apporté Luc Fortin à l’exercice de consultation.

Des constats importants

L’importance d’effectuer le maillage entre culture et éducation est ressortie dans le cadre de cette consultation, et le ministre de la Culture promet de ne pas y faire la sourde oreille.

D’autres « constats », indissociables des enjeux culturels à venir, sont cités dans le document :

  • l’importance de la langue française comme « socle de notre identité »
  • le vieillissement de la population québécoise, mais aussi sa diversité
  • la nécessité de la culture pour se rapprocher des 11 nations autochtones du Québec
  • l’enjeu du numérique, auquel il faut s’adapter
  • l’urbanisation
  • la mobilisation nécessaire pour protéger le patrimoine
  • la nécessité de reconnaître, à sa juste valeur, l’apport de la communauté anglophone

Le ministre Fortin entend aussi consacrer à la dimension économique de la culture une attention particulière : « La culture, c'est 176 000 emplois à travers le Québec, c'est 4,4 % de notre produit intérieur brut (PIB) ».

Respecter « la capacité de payer des Québécois »

La dernière politique culturelle du Québec est vieille d’un quart de siècle. Elle avait été déposée en 1992 par la ministre libérale Liza Frulla. La nouvelle politique doit être adaptée à la réalité et aux enjeux de 2017, a dit en substance Luc Fortin.

Le budget annuel du ministère de la Culture du Québec s'élève à 703 millions de dollars, soit 19 millions de plus que l’an dernier. « Les moyens dont nous disposons ne sont pas illimités », affirme le ministre Fortin qui insiste pour financer la culture selon « la capacité de payer des Québécois ».

Les artistes veulent un rattrapage dans le financement

Pour Fabienne Cabado, directrice du Regroupement québécois de la danse, les fonds octroyés par Québec sont nettement insuffisants. « En danse, on n’a plus les moyens de créer des grandes œuvres », a-t-elle expliqué en entrevue sur ICI RDI mardi.

Par ailleurs, elle rappelle que le budget du CALQ n’avait pas connu d’augmentation depuis des années. Les 4 millions que lui a récemment accordés Québec constituent « un ballon d’oxygène », dit Mme Cabado. « Mais on a vraiment hâte de voir venir un financement conséquent […] », ajoute-t-elle.

Au nom du Mouvement pour les arts et les lettres, Fabienne Cabado souhaite de la part de Québec « un rattrapage » dans le financement de la culture. Elle dit avoir rendez-vous, mercredi, avec le ministre Fortin à qui elle proposera la création d’un comité de travail par lequel les artistes pourraient « chiffrer les besoins ».

Luc Fortin souhaite faire adopter la politique finale en matière de culture avant la fin des travaux parlementaires, en décembre prochain.

Avec les informations de Valérie-Micaela Bain

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