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Quel avenir pour les langues officielles au pays?

Après 7156 plaintes traitées, 59 recommandations au gouvernement fédéral, 58 comparutions devant des comités parlementaires et 10 rapports annuels, le commissaire aux langues officielles Graham Fraser s'apprête à prendre sa retraite. À la veille de son départ, l'ancien journaliste pose un regard lucide sur l'état des langues officielles au pays et dresse le portrait des défis qui attendent son successeur.

À son arrivée en poste en 2007, Graham Fraser publie le livre « Sorry, I don't speak French », dans lequel il déplore le recul du bilinguisme au Canada. Les choses se sont-elles améliorées depuis? Le commissaire aux langues officielles demeure prudent.

« Pendant 10 ans, nous avons eu un gouvernement (celui de Stephen Harper, NDLR) qui ne voulait pas de chicane linguistique [...] La bonne nouvelle, c'est que le plan du gouvernement précédent, d'un milliard de dollars sur cinq ans, a été renouvelé par celui-ci. La mauvaise nouvelle, c'est que, comme ce gouvernement ne voulait pas de chicane linguistique, c'est resté un peu sous le radar », dit-il.

Si Graham Fraser note que la qualité des services en français qu'offre le gouvernement fédéral sur ses plateformes en ligne est excellente, des lacunes persistent encore dans des secteurs pourtant beaucoup plus anciens comme les aéroports ou les postes frontaliers.

L'immigration et l'éducation, clé de voûte de la francophonie canadienne

Le constat du commissaire sortant aux langues officielles est implacable. Si le nombre de francophones au Canada n'a jamais été aussi élevé, leur proportion est en constante diminution au pays. Une conséquence de l'immigration au pays.

On ne peut pas accueillir fièrement 250 000 personnes chaque année et maintenir le même pourcentage de Canadiens bilingues, c'est de l'arithmétique.

Graham Fraser, commissaire aux langues officielles

Graham Fraser plaide donc pour que les gouvernements accueillent plus d'immigrants francophones chaque année. Au recensement de 2006, Statistique Canada rapporte qu'à peine 2 % de la population immigrante à l'extérieur du Québec avait le français comme première langue officielle parlée.

Le commissaire aux langues officielles aimerait également que la qualité de l'enseignement du français au pays soit améliorée. Mais un obstacle de taille se dresse, reconnaît-il.

« L'éducation est une juridiction provinciale, donc ce n'est pas possible pour le gouvernement fédéral de dire que l'enseignement du français dans toutes les provinces deviendra obligatoire. Il n'y a pas une seule province à l'ouest de l'Ontario où c'est obligatoire », admet M. Fraser.

Une francophonie diversifiée

En sillonnant le Canada pendant une décennie à titre de commissaire aux langues officielles, Graham Fraser dit aussi avoir beaucoup appris.

Un exemple? Qu'on se trouve au Manitoba, au Nouveau-Brunswick ou encore en Colombie-Britannique, les revendications des communautés francophones sont encore fortement marquées par leur histoire.

« En Colombie-Britannique, 85 % à 90 % des francophones viennent d'ailleurs, donc il n'y a pas beaucoup de revendications historiques. Ce sont des gens qui sont là par choix, mais ils veulent avoir leurs écoles, avoir leurs institutions. Tandis qu'au Manitoba, parfois, j'ai l'impression que Louis Riel a été pendu la semaine passée et puis qu'en Acadie la déportation était la semaine précédente. »

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