Deux ministres déchus qui ne connaîtront probablement pas le même destin. Si certains pensent que la carrière de Sam Hamad est terminée et que celle de Robert Poëti a une chance d'être réhabilitée, plusieurs éléments laissent entrevoir que cela pourrait être exactement le contraire.

Martine Biron

  Une analyse de Martine Biron


En fait, les possibilités sont minces que Robert Poëti réintègre un jour le Conseil des ministres dans le gouvernement de Philippe Couillard. Si le premier ministre le laissait faire, les partis d'opposition n'en feraient qu'une bouchée. Ce serait comme si M. Couillard admettait du coup avoir fait une erreur en l'écartant, ce qui, inévitablement, l'affaiblirait.

Mais plus encore, le caucus des députés libéraux a beau applaudir les dénonciations du collègue Poëti concernant les « irrégularités » qu'il a déterrées au ministère des Transports, il lui reproche, avec beaucoup plus de passion, la façon dont il a agi. « Manque de loyauté » est l'expression, contenue, la plus entendue dans les rangs libéraux.

Ses méthodes, plus policières que politiques, en laissent quelques-uns perplexes. Comment a-t-il pu embaucher personnellement une ex-enquêteuse de l'UPAC, de gré à gré, dans le plus grand secret? Une enquêteuse qui ne prenait ses ordres que du ministre Poëti. La seule évocation de cette décision pour le moins singulière fait frémir l'entourage du premier ministre.

La pente est d'autant plus abrupte pour Robert Poëti que son passage au Conseil des ministres lui a valu une réputation équivoque. On a jugé sévèrement sa proximité avec le maire de Montréal, Denis Coderre, et l'énorme influence que ce dernier avait sur lui, alors qu'il était aussi ministre responsable de Montréal.

On peut bien percevoir M. Poëti comme un chevalier blanc de l'intégrité, mais son geste et son attitude apparaissent plus proches du suicide politique que de l'acte héroïque.

Sam Hamad, la victime

La situation est complètement différente pour Sam Hamad. Forcé de quitter le Conseil des ministres il y a presque un mois, car il était soupçonné d'avoir favorisé une entreprise dirigée par Marc-Yvan Côté en échange de dons au parti libéral, Sam Hamad reste dans les bonnes grâces du premier ministre.

Il a conservé sa place au Salon bleu de l'Assemblée nationale dans la première rangée, entre le ministre des Finances, Carlos Leitao, qui cumule aussi son ancienne tâche à la présidence du Conseil du Trésor, et l'influent ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux. Ce privilège est rare et surtout révélateur. Sam Hamad fait toujours partie « de la gang ».

En plus, et c'est connu, Sam Hamad a dirigé la campagne à la direction du PLQ de Philippe Couillard. Non seulement le premier ministre lui est-il redevable, mais il croit résolument à la présomption d'innocence. Jusqu'à preuve du contraire, le premier ministre a toujours l'intime conviction que son fidèle lieutenant n'est pas coupable. Et il l'a déclaré.

« La première chose que je veux dire avec beaucoup de force, c'est que je connais Sam Hamad, j'ai confiance en son intégrité et sa capacité de servir le Québec », avait-il dit le 2 avril dernier.

C'est donc dire que, si Sam Hamad est blanchi par le commissaire à l'éthique et à la déontologie dans les prochaines semaines, les chances qu'il réintègre le Conseil des ministres sont excellentes.

À choisir entre Robert Poëti et Sam Hamad, la décision du premier ministre se prendra en criant ciseau.

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