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Raif Badawi : l'ambassade saoudienne demande au Canada de cesser ses interventions

L'ambassadeur de l'Arabie saoudite au Canada exhorte le gouvernement Trudeau à respecter les décisions des tribunaux du royaume et à cesser de se mêler du dossier de Raif Badawi.

En marge d'une rare conférence de presse à l'ambassade saoudienne à Ottawa, mardi, Naif Bin Bandir Al-Sudairy a soutenu que le sort du blogueur était entre les mains de la justice saoudienne.

Le gouvernement canadien, a-t-il insisté, doit ainsi respecter le verdict rendu dans la cause de Raif Badawi, emprisonné depuis maintenant plus de cinq ans en Arabie saoudite.

Quand on lui a demandé si cela signifiait qu'Ottawa devrait carrément cesser de soulever l'enjeu auprès des autorités saoudiennes, l’ambassadeur Al-Sudairy a répondu par l'affirmative.

« Absolument. Oui. Oui. Est-ce que c'est clair? » a-t-il tranché à l'issue de la conférence de presse dans les locaux de l'ambassade saoudienne, sur la promenade Sussex.

L'ambassadeur avait envoyé un message similaire en mars 2015, alors qu'une lettre avait été adressée aux gouvernements du Québec et du Canada pour enjoindre aux élus de cesser de s'ingérer dans cette affaire.

Des pressions qui se poursuivent, selon Ottawa

Dans une vidéo diffusée peu avant le cinquième anniversaire de son emprisonnement, au début du mois de juin, ses enfants ont demandé au premier ministre Trudeau d'intervenir personnellement dans le dossier.

« Nous continuons [...] à exhorter le gouvernement de l'Arabie saoudite à libérer Raif Badawi », avait assuré Justin Turdeau, en marge d’une annonce à Ottawa, le 13 juin dernier.

L'attaché de presse de la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland a également soutenu mardi que les « préoccupations » du gouvernement canadien continueraient d’être soulevées, « tant à Riyad qu’à Ottawa ».

« Nous avons porté le dossier de M. Badawi devant les plus hautes instances, et nous avons demandé à plusieurs reprises que l’on fasse preuve de clémence », a écrit Adam Austen.

Le gouvernement canadien, tant sous Stephen Harper que sous Justin Trudeau, a toutefois fait état de la difficulté d'intercéder en faveur de Raif Badawi, puisque celui-ci n'est pas citoyen canadien.

L'ambassadeur Naif Bin Bandir Al-Sudairy n'a pas voulu dire, mardi, s'il avait discuté du dossier avec la ministre Freeland.

« Je ne me souviens pas de cela. Peut-être, peut-être », a-t-il laissé tomber.

Une occasion ratée

Le premier ministre Trudeau aurait pu soulever la question directement auprès du roi Salmane d'Arabie saoudite lors de la rencontre du G20 à Hambourg, en Allemagne, cette semaine. Toutefois, le monarque a annulé sa présence en raison de la crise avec le Qatar, d'après un porte-parole du gouvernement allemand cité par l'Agence France-Presse (AFP), lundi.

Le chef de mission saoudien a d'ailleurs tenu ces propos à l’issue d’une conférence de presse conjointe avec ses homologues de l’Égypte et des Émirats arabes unis.

Les diplomates avaient convié la presse à la veille d’une importante rencontre sur le Qatar, mis au ban par l’Arabie saoudite et ses alliés qui accusent le pays de financer le terrorisme.

Selon Amnistie internationale, cette nouvelle rebuffade saoudienne prouve que le Canada – en particulier son premier ministre – doit « intensifier » ses efforts pour faire libérer le blogueur.

« Les pressions exercées en coulisses, de façon à ne pas froisser les autorités saoudiennes, n’ont de toute évidence pas porté ses fruits », a fait valoir la porte-parole Anne Sainte-Marie.

Le blogueur a été emprisonné le 17 juin 2012 pour avoir notamment demandé, sur son blogue, une plus grande tolérance envers les non-musulmans et une plus grande ouverture d'esprit.

Il avait été condamné à 10 ans de prison, 1000 coups de fouet et 290 000 $ d'amende. Il a reçu 50 de ces coups de fouet, mais la sentence a depuis été suspendue en raison de son état de santé.

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