Il y a dix ans jour pour jour, Ralph Klein remettait les rênes du pouvoir de l'Alberta après 13 ans à la tête du gouvernement. L'économie roulait à plein régime, au point où la province n'avait plus de dette. Que reste-t-il de l'héritage politique qu'il a laissé, en particulier dans la communauté francophone?

Depuis le passage de Ralph Klein, aucun premier ministre n’a gagné plus d’une élection dans la contrée de la rose sauvage. Pourtant, pendant près de 14 ans comme chef du gouvernement, il était loin d’être synonyme de stabilité dans les affaires provinciales.

Personnage coloré, populiste et populaire, Ralph Klein est surtout célèbre pour avoir éradiqué la dette de l’Alberta au prix d’un désinvestissement de l’État. Ses méthodes rigoureuses pour réduire la taille et l’intervention du gouvernement ont marqué le secteur public, en particulier en santé, en culture et en éducation.

« Il a redéfini le rôle politique de l’État, mais l’époque a changé », estime d’emblée Frédéric Boily, professeur de sciences politiques au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta.

« L’idée de lutter à tout prix contre le déficit n'est plus à la mode. Au contraire, on veut que l'État soit un partenaire dans le développement économique. Aujourd’hui, le gouvernement du NPD se réclame davantage de l’héritage centriste de Peter Lougheed, où l’État avait un rôle dans le développement des infrastructures, par exemple. »

L’analyste politique croit que ce changement de culture politique s’est amorcé avant l’arrivée des néo-démocrates de Rachel Notley au pouvoir. À son avis, les successeurs de Ralph Klein se sont détachés de son style par stratégie électorale, mais aussi par obligation.

« La crise financière de 2008 a tout changé, même Ralph Klein aurait été pris de court. Le Parti conservateur a réalisé qu’il ne pouvait plus reprendre les recettes des années 1990 et les appliquer en 2008, car la crise exigeait un certain retour de l’intervention de l’État. »

Maîtriser l’appareil étatique tout en réduisant sa taille dans un court laps de temps n’était alors plus une avenue électorale envisageable, ce qui fait dire à Frédéric Boily que la réussite politique de Ralph Klein est inséparable du contexte économique qui a accompagné son règne.

Qu’en est-il aujourd’hui?

Qui alors est susceptible de s’inspirer de Ralph Klein sur la scène politique actuelle?

« La conjoncture politique n’est pas complètement défavorable pour quelqu’un qui voudrait se réclamer de la manière dont Ralph Klein a gouverné, surtout si Donald Trump décide de réduire les taxes et les impôts ainsi que la taille du gouvernement fédéral américain. »

Dans un discours prononcé le 6 juillet, le candidat à la direction du Parti progressiste-conservateur, Jason Kenney, a fait référence au « remarquable, grand et regretté Ralph Klein » et Frédéric Boily croit qu’il est un héritier légitime de son style politique « issu des années 1990 ».

Le professeur mentionne aussi la volonté de réduire la taille de l'État chez le Parti Wildrose ou encore Brad Wall, premier ministre de la Saskatchewan, qui a « le même type de contact avec la population et la même velléité nationaliste de l’Ouest face au gouvernement fédéral. »

Il sera toutefois difficile pour n'importe quel politicien de marcher dans les traces de Ralph Klein, car plusieurs phénomènes de société viennent changer la donne, comme l'importance de l'environnement ou encore l'arrivée soutenue de l'immigration.

« Il faudrait faire des ajustements dans la vision de Klein, comme reconnaître que la diversification de l’économie passe par l’intervention de l’État », conclut-il.

Ami de la francophonie

Pour l’historien et ancien directeur général de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), Denis Perreaux, Ralph Klein a carrément marqué un tournant dans l’essor de la francophonie albertaine.

« C’est sous Klein qu’on s’est rendu compte que les doléances de la communauté n'étaient pas insurmontables et qu’on a vu qu'il y avait des solutions pratiques qui pouvaient être mises en place pour régler certains problèmes. »

Il fait notamment référence à l’éducation et aux services en français, des domaines où Ralph Klein a pourvu la communauté francophone de compétences au sein du gouvernement. C’est Ralph Klein qui a jeté les bases des conseils scolaires tels que nous les connaissons aujourd'hui et qui a instauré le secrétariat francophone.

« Depuis ce temps, quand on regarde la petite enfance, quand on regarde l'immigration, l'emploi, ce sont tous des domaines où la communauté a dû s'organiser. » indique M. Perreaux.

Même avant qu’il ne devienne premier ministre, lorsqu’il était maire de Calgary, Ralph Klein réservait une place de choix à la francophonie. Selon Denis Perreaux, il a fait la promotion du bilinguisme lors des Jeux olympiques de 1988 et c’est à lui qu’on attribue la semaine de la francophonie dans la métropole albertaine.

« Il affectionnait particulièrement la francophonie en milieu rural, au point où il avait suggéré que les échanges linguistiques avec le Québec devraient plutôt avoir lieu avec la région de Rivière-la-Paix. »

Ralph Klein aura laissé ses traces auprès de la communauté. Il a d’ailleurs été désigné Ami de la francophonie par l’ACFA à sa retraite et Grand officier de l’Ordre de la Pléiade par l’Assemblée parlementaire de la Francophonie.

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