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Rapport Charbonneau : sans blâme, mais non sans reproche

La commission Charbonneau n'a pas distribué de blâmes, mais son rapport n'est pas exempt de reproches à l'endroit de la classe politique, quoi qu'en retiennent Julie Boulet et Nathalie Normandeau.

Un texte de Bernard Leduc

Ainsi, la commission prend avec un grain de sel les explications données par les anciennes ministres libérales pour expliquer pourquoi des gens d'affaires payaient d'importantes sommes pour participer à des activités de financement.

En effet, toutes deux, souligne le rapport, « ont cherché à minimiser les retombées que ces derniers pouvaient en tirer » lors de leur passage devant la commission, insistant que jamais elles n'ont eu droit à des retours d'ascenseurs en échange de leurs dons.

« Croyez-moi, là, je n'étais pas naïve au point de croire que certaines personnes qui étaient là pensaient pas peut-être obtenir certaines choses en retour de leur implication au sein du Parti libéral du Québec. Mais ces gens-là se sont trompés parce qu'il n'y a jamais eu de retour d'ascenseur », affirmait notamment Mme Normandeau.

Or, pour la commission, « cette façon de présenter les choses donne à penser que les contributeurs seraient les instigateurs de cette dynamique de sollicitation qui, dans les faits, est mise en place par le parti lui-même et pour son propre profit. Elle revient ensuite à attribuer aux contributeurs du PLQ une naïveté qui semble peu vraisemblable chez des gens d'affaires aussi aguerris ».

« Il apparaît ainsi peu probable que ces professionnels de l'ingénierie et de la construction auraient versé des centaines de milliers de dollars en nourrissant l'illusion d'obtenir "certaines choses" qu'ils n'auraient jamais obtenues même après de nombreuses années de contributions », peut-on lire ensuite.

« Les témoignages des ministres Boulet et Normandeau illustrent une forme de double discours relativement à ces activités de financement, en concluent les auteurs du rapport : lorsqu'il s'agit d'attirer des contributeurs aux activités du parti, les solliciteurs du PLQ n'hésitent pas à promettre un accès direct aux décideurs (premier ministre, ministres et membres des cabinets). En revanche, lorsqu'elles sont interrogées à propos de ce procédé, les ministres prétendent que les contributeurs du PLQ ne peuvent en tirer aucun avantage ».

Le rapport estime sinon « peu crédible » la prétention de Julie Boulet de n'avoir appris qu'en 2009 que les ministres du gouvernement de Jean Charest avaient un objectif de financement annuel de 100 000 $ « dans la mesure où les objectifs de financement étaient annoncés publiquement à l'occasion des caucus et où la plupart de ses collègues étaient au courant de l'objectif qui leur était fixé ».

La commission rappelle aussi que « la firme de génie Roche, qui participait activement à des activités de financement pour la ministre (Normandeau), a bénéficié dans une large mesure des subventions que cette dernière destinait principalement aux deux régions où la firme était solidement implantée ». Mme Normandeau s'est défendue de tout lien de cause à effet.

La commission souligne cependant que la ministre a elle-même reconnu qu'« en Gaspésie, il n'y a à peu près que Roche qui existe », ce qui « laisse peu de doutes quant au fait que, lorsque la ministre Normandeau recommandait des projets à aide majorée en Gaspésie, elle ne pouvait ignorer que ceux-ci, dans la plupart des cas, seraient réalisés par la firme Roche ».

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