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Refondation du Bloc québécois : nouveau clivage sous un leadership fragile

D'abord conçu comme un document de travail, la proposition de refondation du Bloc québécois en un nouveau parti indépendantiste présent à Ottawa ne semble pas ébranler les convictions des fidèles de la chef de la formation, Martine Ouellet. Mais au moins un ex-bloquiste maintenant membre du Groupe parlementaire québécois estime qu'elle ne va pas assez loin.

Un texte de Hugo Prévost

Faire un grand ménage pour balayer la crise de confiance qui ébranle la formation politique depuis plusieurs semaines, entièrement repenser la plateforme politique, inviter les membres de toutes les formations souverainistes provinciales à s'unir au sein de la famille fédérale, et, surtout, lancer une nouvelle course à la direction du parti : le programme suggéré est chargé.

En entrevue à Radio-Canada.ca, l'auteure de la proposition et présidente du Forum jeunesse du Bloc québécois (FJBQ), Camille Goyette-Gingras, a expliqué avoir commencé à réfléchir à cette refondation du Bloc « avant même l'éclatement de la crise » liée au leadership de Martine Ouellet.

La jeune femme a ainsi vu la crise actuelle comme une « opportunité d'aller ratisser beaucoup plus large que nous ne le faisions auparavant, de faire un peu table rase [...] et de recommencer sur de nouvelles bases, avec de nouvelles personnes et de nouvelles idées en vue [des élections fédérales] de 2019 ».

Après avoir consulté des membres du FJBQ, Camille Goyette-Gingras a trouvé une oreille attentive auprès de la vice-présidente du Bloc québécois, Kédina Fleury-Samson.

Il y a un mois pourtant, celle-ci dénonçait, dans une entrevue diffusée en ligne, ce qu'elle qualifiait de « tentative d'assassinat politique » à l'endroit de la chef Martine Ouellet.

Changer de chef ou pas?

La présidente du Forum jeunesse du Bloc estime que la sortie de crise va au-delà du vote de confiance auquel a consenti le parti, et ce, après de fortes pressions. Le vote, dont la date n'a pas encore été déterminée, doit avoir lieu après le conseil général de la formation, prévu le 29 avril prochain à Drummondville.

C'est d'ailleurs au cours de ce conseil que les militants débattront des modalités du vote.

« Nous nous sommes mis à réfléchir à un avenir qui est plus intéressant que simplement gagner un vote de confiance », a poursuivi Mme Goyette-Gingras. L'objectif est donc de mettre au point « un projet porteur qui nous amène au-delà des élections, qui nous donne le goût de travailler, de se mobiliser; voilà donc comment nous sommes parvenus à l'idée de refondation ».

Dans le document détaillant cette proposition, on maintient d'ailleurs un certain flou lorsque vient le temps d'évoquer le départ de Mme Ouellet. S'il est clairement indiqué que l'on souhaiterait une « course à la chefferie de deux mois avant le grand congrès de refondation » proposé pour décembre 2018, il n'est nulle part indiqué que Martine Ouellet ne pourrait pas se représenter pour se succéder à elle-même.

Son de cloche légèrement différent du côté de Valérie Deschamps, conseillère aux comités étudiants et aux groupes jeunes du FJBQ, pour qui le point central de la proposition n'est pas le départ de l'actuelle chef.

Mme Deschamps note tout de même que « Martine Ouellet se trouve au coeur de la crise », crise dont elle souhaite que la nouvelle formation politique puisse sortir.

Imbroglio

La question de la présence de Martine Ouellet à la tête du parti suscite également des réactions diamétralement opposées de la part des députés de part et d'autre de la ligne de faille, à Ottawa.

Aux yeux de Xavier Barsalou-Duval, député bloquiste de Pierre-Boucher-Les Patriotes-Verchères et l'un des fidèles de Mme Ouellet, la proposition présentée par l'aile jeunesse du Bloc « n'est pas liée au leadership de [la chef], c'est un élément qui est différent ».

En entrevue téléphonique, M. Barsalou-Duval répétera d'ailleurs ce point de vue à plusieurs reprises.

Le député se dit par ailleurs surpris de l'émergence de cette proposition qui, dit-il, a court-circuité le processus traditionnel de cheminement au sein des structures internes du parti.

À l'autre bout du spectre, le député Louis Plamondon, membre du Groupe parlementaire québécois, soutient que la proposition de l'aile jeunesse ne va pas assez loin en n'exigeant pas clairement le départ de Martine Ouellet.

« On se rend compte que Mme Ouellet ne contrôle plus les structures [du parti] aussi fermement », déclare celui qui représente les électeurs de la circonscription de Bécancour-Nicolet-Saurel, et qui se dit justement surpris de constater que des membres du Bureau national du parti sont impliqués dans ce projet de refondation.

« La solution est tellement simple : c'est le départ de Martine Ouellet », martèle-t-il, en écartant la nécessité de « démolir le parti et le refonder ».

Et qu'en pense la principale intéressée, justement? Au Bloc québécois, l'attaché de presse de Mme Ouellet a indiqué que cette dernière « se tenait indisponible sur cette question », avant de proposer de contacter le député Barsalou-Duval.

Avec les informations d'Estelle Côté-Sroka

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