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Réforme des commissions scolaires : Moreau écoutera de manière « respectueuse » les détracteurs

Pierre Moreau, qui était absent depuis le 28 janvier en raison de problèmes de santé, a refait surface dans les couloirs de l'Assemblée nationale le jour même où débutent les consultations entourant la réforme des commissions scolaires.

Aux côtés du premier ministre Philippe Couillard, le nouveau ministre de l'Éducation du Québec a assuré qu'il se portait beaucoup mieux après avoir combattu un virus. « Un épisode un peu difficile » qui s'est avéré plus éprouvant que la presse parlementaire, a-t-il blagué.

Maintenant qu'il est de nouveau sur pied, Pierre Moreau se dit prêt à écouter de manière « respectueuse » les points de vue divergents qui ne manqueront pas de se faire entendre durant les consultations sur le projet de loi 86. Ces consultations débutaient en après-midi, mardi.

Ce projet de loi, déposé début décembre par son prédécesseur François Blais, prévoit l'abolition des élections scolaires et une plus grande dévolution de pouvoirs aux parents et aux directions d'école.

Cette ouverture que manifeste Pierre Moreau tranche avec l'attitude qu'avait au départ adoptée le précédent ministre de l'Éducation en n'invitant pas, à ces consultations, la Commission scolaire de Montréal (CSDM), qui est la plus grosse commission scolaire du Québec, et la commission scolaire anglophone English Montreal (EMSB). Québec s'était par la suite ravisé.

Respecter l'orientation première du projet de loi

Quoiqu'il se dise prêt à tendre l'oreille à tous les points de vue qui seront exprimés autour du projet de loi 86, Pierre Moreau insiste pour dire qu'il entend conserver « l'orientation que nous avons, qui est de rapprocher le pouvoir des écoles » en donnant « plus de place aux parents et plus de place aux enseignants ».

« Et je pense que c'est une excellente orientation », a indiqué M. Moreau.

Pierre Moreau se refuse par ailleurs à établir un échéancier pour l'adoption éventuelle de ce projet de loi controversé. « Notre objectif est d'adopter le meilleur projet de loi possible », insiste-t-il.

Demeurer ouvert aux suggestions

Pour ce faire, le ministre de l'Éducation affirme qu'il est disposé à prendre en considération les « suggestions » qui pourraient lui être faites.

Le premier ministre Philippe Couillard affirme pour sa part que le fait que le gouvernement veuille modifier la structure du système scolaire n'empêchera pas ce dernier d'investir, en même temps, dans le fonctionnement, c'est-à-dire dans la réussite scolaire.

« Il y aura un budget qui va annoncer, je crois, plus de ressources en éducation », a déclaré Philippe Couillard.

L'opposition critique les retards et les orientations de la réforme

Pour Alexandre Cloutier, député de Lac-Saint-Jean et porte-parole du Parti québécois en matière d'éducation, le gouvernement de Philippe Couillard accuse « retard par-dessus retard » avec cette réforme, de sorte qu'elle ne sera sans doute pas mise en oeuvre d'ici la prochaine rentrée scolaire, déplore-t-il. 

En point de presse dans les couloirs de l'Assemblée nationale, mardi après-midi, Alexandre Cloutier a critiqué le fait que « nos écoles sont en ruines » et que les mesures envisagées par le gouvernement ne touchent pas aux infrastructures.

Enfin, M. Cloutier estime que les régions devraient être davantage en mesure de faire entendre leur voix dans le cadre de ces consultations, notamment en permettant à l'ensemble des commissions scolaires de donner leur point de vue.

Aux yeux de Françoise David, de Québec solidaire, « la personne qui obtient le plus de pouvoir [avec la réforme] c'est le ministre lui-même. Ça me rappelle beaucoup la réforme Barrette », dit-elle, faisant allusion aux changements apportés par le ministre Gaétan Barrette au réseau de la santé et des services sociaux.

Enfin Jean-François Roberge, porte-parole de la Coalition avenir Québec (CAQ) en matière d'éducation, affirme que dès le départ le projet de loi 86 « était mauvais ». « On change de ministre [ de l'Éducation ] mais pas de gouvernement », dit-il aussi.

La CSDM réclame des changements majeurs au projet de loi 86

Mardi, les consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi 86 se sont amorcées avec la participation de la CSDM, du comité de parents de la CSDM et d'Égide Royer, professeur à l'Université Laval à la faculté des sciences de l'éducation. 

La présidente de la CSDM, Catherine Harel-Bourdon, a eu fort à faire pour défendre la représentativité des élus scolaires, alors que le ministre Moreau faisait valoir que sur le territoire de la CSDM, le taux de participation des électeurs avait été, au dernier scrutin scolaire, de seulement 4,8 %. Cela est encore moins que dans l'ensemble du Québec où ce taux se situait en deçà de 6 %. 

Pour remédier à ce problème crucial de faible participation, Mme Harel-Bourdon a expliqué que la CSDM préconise de « renouveler le modèle actuel » de deux façons possibles : en jumelant la tenue de l'élection scolaire avec celle au niveau municipal ou, encore, en constituant des listes électorales avec les noms des parents des élèves inscrits et avec les noms des élèves adultes inscrits dans les établissements scolaires, à l'instar de ce que font les commissions scolaires anglophones de la province. En vertu de ce dernier modèle, toute personne intéressée au processus électoral pourrait aussi être ajoutée à la liste.

En outre, la présidente de la CSDM a expliqué que, l'an dernier, le comité exécutif de la CSDM a accordé plus de 180 millions de dollars en contrats. Dans pareil contexte, Mme Harel-Bourdon affirme qu'il serait mal avisé d'éliminer l'instance qu'est « un élu local responsable localement et imputable de ses décisions » qui amène « un questionnement » et qui répond aux questions et aux besoins des « sans-voix », par exemple les mères de famille monoparentale ou les groupes sous-scolarisés.

Aider l'enfant à lire

En entrevue sur les ondes d'ICI Radio-Canada Première, à l'émission Midi info, Égide Royer, professeur à la faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval, a pour sa part déclaré que c'est pas « en rejouant dans la structure qu'on va changer quelque chose, c'est en décidant une fois pour toutes d'appliquer ce qu'on connaît au niveau des pratiques exemplaires » . En matière de pratique exemplaire, le professeur de l'Université Laval cite l'exemple de l'apprentissage de la lecture qu'il faut favoriser de manière précoce selon lui.

Égide Royer évalue que des 85 000 enfants inscrits en première année du primaire dans la province, il y en a de 15 à 20 % qui éprouvent « déjà certaines difficultés dans leur relation avec la lecture ». C'est à ce problème qu'il faut s'attaquer en priorité, dit-il, de même qu'à la hausse des exigences académiques envers les futurs enseignants.

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