À un an des élections générales au Québec, le premier ministre Philippe Couillard ajoute à son cabinet six nouveaux visages. Il peut aussi se targuer de diriger un conseil des ministres relativement paritaire, alors que 13 femmes sur 30, soit 43 %, y siègent. L'image du gouvernement libéral est peut-être plus jeune, mais dans les faits, ceux qui décident des grandes orientations sont les mêmes.

Une analyse de Martine Biron

Quand on veut transformer son grenier en bureau, il faut avoir le courage de faire un ménage en profondeur et accepter de se départir de ses vieux souvenirs. Transformer un gouvernement est certainement beaucoup plus compliqué, mais on peut dire que Philippe Couillard n’a pas voulu soulever trop de poussière. Les ministres seniors, ceux qui administrent 80 % du budget de la province, restent en place alors qu’il n’y a aucun changement à la tête de 17 ministères.

Même le très impopulaire Gaétan Barrette a réussi à conserver son poste. Stéphanie Vallée, qui a essuyé bien des critiques, demeure ministre de la Justice.

On a aussi simplement interchangé les titulaires du Conseil du Trésor et des Ressources naturelles en nommant Pierre Arcand à la place de Pierre Moreau. Et on pourrait même dire que la nomination surprise du jeune et talentueux André Fortin, 35 ans, au difficile ministère des Transports est une fausse surprise.

Les ministres vétérans ne se bousculaient pas au portillon. Laurent Lessard espérait qu’on le libère du ministère. Martin Coiteux n’a pas nié avoir été approché pour le poste, mais il a plaidé avec succès pour conserver son super ministère de la Sécurité publique et des Affaires municipales.

Les nouveaux venus

Le retour de Robert Poëti au cabinet à titre de ministre délégué à l'Intégrité des marchés publics et aux Ressources informationnelles a des allures électoralistes. D’abord, le premier ministre confirme avoir fait une erreur en le dégommant lors de son dernier remaniement ministériel en janvier 2016. Mais surtout, il envoie le message que les questions d’intégrité demeurent toujours le talon d’Achille de ce gouvernement et qu’il a besoin de cet ancien policier fort en communication.

La nomination de Véronyque Tremblay au poste de ministre déléguée aux Transports était devenue nécessaire pour séduire la région de Québec qui a difficilement encaissé le départ de Sam Hamad et la défaite dans Louis-Hébert. Les enjeux de transports dans cette région sont nombreux et elle est reconnue pour son travail acharné.

La décision de scinder la Famille et l’Éducation va à l’encontre des déclarations du premier ministre, qui a souvent défendu l’importance du regroupement des deux ministères. Mais elle permet de mettre à l’avant-scène le ministre Luc Fortin qui a fait une forte impression alors qu’il était à la Culture. Le dossier de la famille, 4e poste budgétaire au Québec, sera capital en cette année électorale.

Les rétrogradations

Lise Thériault a perdu le prestigieux titre de vice-première ministre au profit de Dominique Anglade. Visiblement, le premier ministre l’a épargnée en créant pour elle un ministère de la Protection des consommateurs et de l'Habitation.

Kathleen Weil, qui s’embourbait avec la consultation sur la discrimination systémique et le racisme, un dossier cher à Philippe Couillard, perd le ministère de l’Immigration et s’occupera notamment de la communauté anglophone. C’est David Heurtel qui pilotera le délicat dossier de l’immigration.

Et puis, Rita De Santis, qui a accumulé les bourdes depuis janvier 2016, retourne sur les banquettes arrière du salon bleu.

Il s’agit certainement d’un remaniement important, mais le premier ministre a misé sur des valeurs sûres. Il a la réputation de ne pas aimer le changement. Le nouveau cabinet est à son image.

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