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Rentrée à Queen's Park : les leçons d'une élection partielle

C'est ce qui s'appelle « partir du mauvais pied ». Alors que les libéraux rêvaient d'envoyer un message fort pour la reprise des travaux à l'Assemblée législative, ils se sont fait rappeler à l'ordre par les électeurs de Whitby-Oshawa.

Une chronique d'Alex Boissonneault

À la défense du gouvernement, la circonscription n'est pas seulement un château fort conservateur : elle est une véritable forteresse : 20 ans sans changer de main. Mais c'est l'ampleur de la défaite qui en dit long. Malgré tous les efforts de Kathleen Wynne pour aider sa candidate, les publicités électorales avant même l'annonce du scrutin, la participation inespérée de Justin Trudeau à la campagne, malgré l'argent, malgré les bénévoles, les libéraux ont récolté moins de votes qu'en 2014.

Il faudra plus que du vin dans les épiceries pour regagner le coeur des Ontariens déçus par le bilan du gouvernement. Le discours de l'opposition sur le « prix trop élevé de l'électricité » et sur la « privatisation bâclée d'Hydro One » s'impose dans l'électorat.

Aussi bien le dire tout de suite : si vous espérez que la rentrée parlementaire soit l'occasion pour le gouvernement de rectifier le tir, vous risquez d'être déçus. Kathleen Wynne est décidée à maintenir le cap. La rumeur qui circule veut d'ailleurs que le ministre des Finances, Charles Sousa, présente son budget dès la première semaine du mois de mars. C'est dire si leur idée est faite.

Les conservateurs gonflés à bloc

De l'autre côté de la Chambre, l'opposition officielle a le vent dans les voiles. Si Whitby-Oshawa est une douche froide pour Kathleen Wynne, pour Patrick Brown, c'est tout le contraire. Le jeune chef vient de passer son premier véritable test aux urnes. La victoire retentissante de son parti injecte une sérieuse dose de crédibilité à son leadership.

La question est de savoir s'il réussira à profiter de cet avantage. Patrick Brown ne pourra jouer éternellement sur tous les tableaux : sa tendance à vouloir « ratisser large » est un pari risqué. Il pourrait perdre beaucoup à vouloir ménager la chèvre et le chou.

Pourtant, son opposition à la privatisation d'Hydro One semble avoir porté ses fruits, malgré la contradiction flagrante avec les positions traditionnelles du parti. Même chose pour son appui tacite à la réforme de l'éducation sexuelle, après l'avoir décriée en compagnie de militants pro-vie et de groupes religieux.

Son plus grand défi durant les travaux sera, après la critique, de proposer un plan à la fois cohérent et original. Un plan qui ne repose pas uniquement sur l'impopularité actuelle du gouvernement.

La troisième voie

Le combat de titans qui s'est terminé dans Whitby-Oshawa, comme une arène miniature dans laquelle Kathleen Wynne et Patrick Brown se sont affrontés par candidats interposés, a porté ombrage aux néo-démocrates. C'est peut-être mieux comme ça.

La candidate du NPD, Niki Lundquist, a obtenu un résultat certainement meilleur que ce que prédisaient les sondages, mais il demeure bien en deçà de son prédécesseur en 2014. 7 % de moins, en fait.

La preuve que de frapper constamment sur le même clou, aussi vendeur soit-il, n'est pas un gage de succès. Dire qu'Hydro One a été le cheval de bataille du NPD est un euphémisme : le parti a consacré toute son énergie à dénoncer la privatisation. Or, même si la vente partielle est largement contestée dans la population, les appuis de la « troisième voie » font toujours du sur-place.

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