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Retour sur 150 ans de journalisme parlementaire à Ottawa

Il y a 150 ans cette année, les premiers journalistes arrivaient sur la colline Parlementaire à Ottawa. Un nouveau livre raconte les importants changements sociaux et culturels qui ont marqué l'histoire des journalistes qui couvrent le Parlement depuis 1866.

Emmanuelle Latraverse

  Une entrevue d'Emmanuelle Latraverse

J'ai demandé à Hélène Buzzetti, journaliste au quotidien Le Devoir, qui a écrit avec le journaliste Josh Wingrove le livre Les Coulisses de la Tribune : 150 ans d'histoires de la Tribune de la presse canadienne, de nous raconter quelques anecdotes intéressantes sur l'histoire de la présence des journalistes à la Chambre des communes. 

E.L.: Premièrement, qu'est-ce que le hot room?

H.B. : C'est la pièce réservée aux journalistes. Aujourd'hui, il y a très peu de journalistes qui travaillent ici - une trentaine peut-être - surtout des journalistes indépendants qui travaillent pour des petites organisations de presse et qui n'ont pas les moyens d'avoir des locaux ailleurs dans la ville d'Ottawa. Mais à l'origine, tous les journalistes assignés à la colline Parlementaire étaient ici.

À ses débuts, cette pièce était réservée pour une trentaine de personnes. Puis, la tribune a tellement grandi, qu'on était rendu à une centaine de journalistes, voire, 130. Ça débordait dans les couloirs et on avait souvent la visite d'inspecteurs de pompiers qui venaient se plaindre qu'on dépassait la capacité. On arrondissait les angles en leur versant un petit verre.

E.L. : Un des secrets du métier de correspondant parlementaire était justement la consommation d'alcool. Il y a plusieurs anecdotes savoureuses, même si cette pratique a énormément changé au fil des ans?

H.B. : Oui, tout à fait. Aux tout débuts, le hot room avait une distributrice de bières. Donc, on se servait un petit verre - pas juste de la bière, mais aussi des bouteilles de rhum, de scotch, de rye - et on pouvait se servir un petit verre en travaillant, même pendant la prohibition.

La prohibition au Canada a duré pendant deux ans, mais en Ontario, où se trouve le Parlement, cette prohibition a duré presque 11 ans. Malgré cela, on continuait de servir de l'alcool aux yeux de tous, incluant les législateurs. Il n'était pas rare qu'un ministre vienne ici pour s'approvisionner d'une bouteille quand il savait qu'un pompier venait faire une inspection.

Les gens venaient régulièrement prendre un petit verre pendant que les autres finissaient leurs textes pour la tombée.

E.L. : Ce livre couvre tout : les correspondants de guerre, les débuts de la tribune, l'arrivée des femmes. D'où est venue l'idée d'écrire ce livre?

H.B. : Pour ceux qui ne le savent pas, la colline Parlementaire subit d'importantes rénovations depuis quelques années. Cette pièce, qui est réservée aux journalistes, fait partie de l'édifice principal où se trouvent aussi la Chambre des communes et le Sénat. Or, il est prévu que l'édifice ferme en 2018 pour les travaux.

Il y avait des rumeurs à l'effet que ce n'était pas garanti qu'on retrouverait le hot room après les rénovations. On a cherché l'histoire à connaître, l'histoire de ce local et c'est à ce moment qu'on a réalisé que cette histoire n'était consignée nulle part.

On s'est dit : « pourquoi pas raconter l'histoire de cette tribune et défendre notre droit de rester dans l'édifice parlementaire? »

E.L. : Qu'avez-vous appris à propos du métier de correspondant parlementaire et sur son histoire?

H.B. : Ce qui m'a étonné, c'est à quel point, les journalistes au départ faisaient partie de l'écosystème parlementaire. Il n'y avait pas la distance [entre les élus et les journalistes] qui existe aujourd'hui.

Le travail journalistique n'était pas le même qu'aujourd'hui. À l'époque, on était vraiment des sténographes. Les journalistes rapportaient presque mot à mot les propos à la Chambre des communes et ils faisaient office de ce qu'on appelle le Hansard, qui est le verbatim de la Chambre des communes. Donc les secrétaires découpaient les articles, collaient ça dans un scrapbook et ça faisait office de procès-verbal.

À l'époque, quand on arrivait à la Colline, le Parlement nous remettait une belle boite en cuir avec toute la papeterie pour faire notre travail! Ça démontre à quel point on faisait partie de la gang.

E.L. : De quelle façon l'arrivée des femmes comme correspondantes parlementaires a-t-elle changé le climat de travail?

H.B. : On ne peut pas dire avec précision qui a été la première femme, mais il y aurait eu trois ou quatre femmes sur la colline Parlementaire dès les années 1880. Mais nous ne sommes pas certains si elles étaient officiellement membres de la tribune. La première femme qu'on peut dire avec certitude qui a été membre de la tribune, c'est Geneviève Lipset-Skinner en 1923. Quand cette dame est partie, 10 ans se sont écoulés avant qu'une autre femme vienne.

Les choses ont beaucoup changé, mais ça n'a pas été que les femmes qui ont eu des difficultés; les juifs aussi, par exemple. Un autre exemple : au départ, les journalistes électroniques radio et télé étaient très mal vus. Ils étaient des membres à part, avec moins de droits que les autres, parce qu'on ne voulait pas avoir de caméra au Parlement.

Donc c'était une institution qui était très conservatrice et qui a difficilement accepté la venue des nouveaux qui trahissait un changement. Je trouve que le livre est un beau reflet de l'évolution de la société.

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