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Révélations d'Enquête : « Ça ressemble à du trafic d'influence », dit Drainville

Les liens entre l'ex-vice-président du C.A. de Premier Tech, Marc-Yvan Côté, et le ministre Sam Hamad, révélés jeudi par Enquête, ressemblent à « du trafic d'influence », soutient le leader parlementaire du Parti québécois, Bernard Drainville. Le Commissaire à l'éthique de l'Assemblée nationale annonce pour sa part qu'il fera enquête sur les révélations de Radio-Canada, à la demande de l'opposition.

Plus tôt vendredi, le Parti québécois a écrit une lettre au commissaire à l'éthique et à la déontologie pour lui demander d'enquêter sur cette affaire, qui s'est déroulée sous le règne de Jean Charest. La CAQ a fait de même.

En conférence de presse, Bernard Drainville a soutenu que l'intervention politique de Sam Hamad, aujourd'hui président du Conseil du Trésor, « viole le code d'éthique » de l'Assemblée nationale, et particulièrement ses articles 16 et 17 (voir encadré au bas du texte).

« Le député de Louis-Hébert serait intervenu et aurait tenté d'influencer une décision au bénéfice de l'entreprise Premier Tech, dont l'administrateur, Marc-Yvan Côté, profitait d'un accès privilégié auprès de lui », écrit-il au commissaire Jacques Saint-Laurent.

« En analysant les faits, une personne raisonnablement bien informée pourrait considérer cette situation comme une violation du Code » d'éthique et de déontologie des membres de l'Assemblée nationale, poursuit-il.

M. Hamad a lui-même écrit au commissaire Saint-Laurent pour lui demander « d'effectuer toutes les vérifications nécessaires afin de faire la lumière sur ces allégations. »

« Je lui offre toute ma collaboration afin de l'aider dans cette démarche. Les citoyens doivent pouvoir avoir confiance en leurs élus et c'est la raison pour laquelle je souhaite que ces vérifications soient menées rapidement », a-t-il déclaré dans un communiqué. 

M. Drainville a aussi réitéré devant les journalistes que son parti espère que l'Unité permanente anticorruption (UPAC) se saisira du dossier.

Le « forfait Marc-Yvan Côté »

M. Drainville somme par ailleurs le gouvernement et Investissement Québec de donner des précisions sur les montants initialement offerts à Premier Tech dans la foulée des demandes financières faites par l'entreprise de Rivière-du-Loup en 2011.

Premier Tech avait reçu une réponse positive des deux entités en janvier 2012, mais elle souhaitait obtenir de plus gros montants. Marc-Yvan Côté avait alors écrit à ses collègues qu'il allait entreprendre « la démarche ».

Une semaine plus tard, Marc-Yvan Côté a écrit au président de Premier Tech, Jean Bélanger, qu'il avait déjeuné avec son « ami » pour « faire le point ».

Le lendemain, le chef de cabinet adjoint de Sam Hamad écrit à Yves Goudreau, de Premier Tech : « On a travaillé fort, vous aurez des nouvelles bientôt via le canal régulier ». Relancé à ce sujet, il ajoutera peu après : « On partait de loin mais on a travaillé fort pour ne pas avoir le statu quo. »

En bout de piste, Premier Tech a obtenu une subvention de 8 millions de dollars du gouvernement, et un prêt de 11 millions d'Investissement Québec.

« Qu'est-ce que ça veut dire? Ça veut dire que le montant approuvé par les fonctionnaires - la subvention et le prêt d'Investissement Québec - était trop bas - [...] et qu'on a travaillé fort pour faire changer la décision des fonctionnaires », a avancé M. Drainville. 

« L'intervention politique de Marc-Yvan Côté, elle s'est traduite par combien de millions de plus? » a demandé Bernard Drainville, en rappelant que, selon Enquête, les dirigeants de Premier Tech et Marc-Yvan Côté et des membres de sa famille ont fait des dons de 37 000 $ au Parti libéral entre 2008 et 2012.

« C'est ça qui ressemble à un trafic d'influence », affirme le leader parlementaire du PQ.

M. Drainville soutient que le ministre des Transports, Jacques Daoust, à l'époque président d'Investissement Québec, doit aussi s'expliquer à ce sujet.

Hamad doit se retirer du Conseil des ministres

Selon Bernard Drainville, le président du Conseil du Trésor a un « devoir d'exemplarité » et de « probité ». Comme cette probité est « remise en question », dit-il, « il devrait donner l'exemple, se retirer du Conseil des ministres et du caucus », une demande faite aussi par la CAQ et Québec solidaire.

« S'il ne le fait pas, le premier ministre Couillard devrait le faire pour lui », a-t-il ajouté. « Sa gestion de l'affaire Hamad est un test [...] quant à sa volonté de renouveler le PLQ », a-t-il fait valoir. À défaut de le faire, il enverra le message « que l'éthique et l'intégrité, ce n'est pas très important pour lui ».

Le leader parlementaire du Parti québécois a par ailleurs souligné que plusieurs ministres du gouvernement Couillard étaient au Conseil des ministres sous Jean Charest, et que ces derniers avaient reçu la consigne d'amasser 100 000 $ en contributions politiques.

« C'est quoi? C'est 11 ministres à 100 000 $ qui siègent dans le Conseil des ministres de M. Couillard? C'est difficile pour M. Couillard de nous convaincre et de convaincre les Québécois qu'il dirige un nouveau Parti libéral quand tu as 11 ministres de l'ère de Jean Charest qui siègent à tes côtés », a-t-il dit.

À l'instar de son chef Pierre Karl Péladeau, M. Drainville a rappelé que Marc-Yvan Côté avait été banni du Parti libéral du Canada en 2005 pour son rôle dans le scandale des commandites. Malgré cela, l'ex-ministre libéral dans le gouvernement de Robert Bourassa est resté « un personnage fréquentable et fréquenté » au Parti libéral du Québec.

En entrevue à Radio-Canada vendredi matin, M. Hamad a réfuté les révélations d'Enquête. Il dit n'avoir rien à se reprocher. « Vous prenez ça pour du cash », a-t-il lancé. « C'est des insinuations, des amalgames et des raccourcis dans des emails que je n'ai jamais écrits [...] On fait des interprétations. »

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