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Richot : plus qu'un nouveau conseil, un cadre provincial pour protéger les élus ?

La municipalité rurale de Ritchot a fait parler d'elle dans les dernières semaines, après la démission de l'ex-mairesse et de deux conseillers, puis l'élection d'un nouveau conseil. Mais un groupe d'élues d'autres municipalités manitobaines soulignent que ces événements ont relancé le débat à l'échelle de la province sur la protection des élus contre le harcèlement, et estiment qu'il faut pousser la réflexion plus loin.

Un texte de Camille Gris Roy

L’ancienne mairesse de Ritchot, Jackie Hunt, avait déclaré en mai qu’elle prenait la décision « crève-coeur » de démissionner parce qu'elle était victime d'intimidation et de « comportements inappropriés ». « Il n’y a aucun mécanisme [...] qui permette de réprimander un conseiller pour un comportement qui ne serait accepté dans aucun autre milieu de travail », disait-elle.

Cheryl Christian, conseillère du Quartier 1 dans la municipalité rurale de West St. Paul, est l’auteure d’une motion pour renforcer la protection des élus, qui sera à l’ordre du jour du prochain congrès de l’Association des municipalités du Manitoba (AMM) en novembre. Elle explique que la démission de Jackie Hunt a été un élément déclencheur, et qu’elle a alors décidé de se réunir avec trois autres conseillères pour agir.

« Il y a tellement de [gens qui nous ont raconté] des histoires qu’ils ont entendues ou vécues eux-mêmes. Ça a été un déclencheur pour trouver une solution et faire la lumière là-dessus. Et pour ceux qui ont dû faire face à ces situations tous seuls, en isolement, en pensant que ça n’arrivait que dans leurs communautés : c’est l’occasion de voir qu’ils ne sont pas seuls. »

L’objectif de leur résolution est de faire en sorte que les conseillers, directeurs administratifs et maires soient protégés au même titre que tout autre employé ou employeur dans le cadre de la Loi sur la sécurité et l'hygiène du travail du Manitoba.

Cheryl Christian ajoute qu'il s'agit aussi de protéger ceux qui sont accusés d’intimidation : « Il faut avoir un processus équitable, une enquête. Et enfin déterminer quels types de pénalités ou mécanismes seraient possibles pour que ces situations cessent. »

Obstacles sur la route

Si l’AMM adopte la résolution en novembre, elle devra alors faire pression auprès de la province pour demander des changements à la législation.

Mais le cheminement de cette résolution jusqu’à l’ordre du jour du congrès de l’AMM n’a pas été de tout repos. Il fallait d’abord la faire adopter par un conseil municipal, et celui de Cheryl Christian à West St. Paul était réticent.

« Il y avait un échéancier fin mai. Mon conseil n’a pas répondu à mes demandes et n’a pas soutenu la résolution à ce moment-là [...]. Alors ça a été tout un travail d’équipe. St. Andrews l’a présentée, mais personne ne voulait l’appuyer. Heureusement, la conseillère Heather Erickson de Springfield l’a amenée à son conseil et a été soutenue à l'unanimité. »

Cheryl Christian ne comprend pas pourquoi le processus a été ardu, mais estime que c’est peut-être le signe que le sujet reste sensible.« J'étais déçue et surprise que ça ne passe pas au niveau local. Je pense que c’est encore un défi et que c’est un problème important qui doit être traité. »

Entre-temps, les conseillères ont aussi contacté d’autres communautés. La Ville de Morris, notamment, a adopté une motion similaire.

Dans une déclaration écrite, la ministre provinciale des relations avec les municipalités Eileen Clarke dit que le gouvernement « accueille [d’un bon oeil] l’initiative entreprise par les municipalités rurales de Springfield, West St. Paul et Morris, à travers l’AMM, pour renforcer le décorum dans les conseils municipaux » et ajoute que la province espère continuer le travail conjoint pour prévenir le harcèlement au travail.

Optimisme

Cheryl Christian regrette que l’ex-mairesse Jackie Hunt, qui avait décidé de se représenter lors des élections partielles à Ritchot, n’ait pas été réélue. Elle aurait souhaité travailler avec elle pour les prochaines étapes vers un changement de législation.

« Sa démission était courageuse, et peut-être difficile à comprendre pour les gens qui ne savent pas qu’il n’y a pas d’autre option : soit vous continuez de travailler dans un environnement non sécuritaire, soit vous partez, il n’y a pas de juste milieu. »

La conseillère estime qu’il y a encore un travail de sensibilisation à faire, mais a bon espoir qu’il y aura bientôt des changements.

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