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Santé mentale: les proches de premiers répondants morts en service se sentent abandonnées

Des familles et des policiers du Nouveau-Brunswick se disent oubliés par le gouvernement fédéral. Ottawa versera à partir du 1er avril 2018 des prestations aux proches d'agents de sécurité publique morts dans le cadre de leurs fonctions. Or cette aide ne sera pas disponible pour les victimes d'incidents survenus avant cette date, comme la fusillade de Moncton.

Un texte de Nicolas Steinbach

Charles Goguen ne s’est jamais remis de la fusillade de Moncton qui a coûté la vie à trois agents de la GRC. L’un d’eux, Douglas Larche, était son gendre. Il s’est occupé tant bien que mal de sa fille Nadine Larche et de ses trois petites- filles après la tragédie.

« Ce qu’on est passé à travers avec une de mes petites-filles... Elle a pleuré pendant longtemps, elle me disait "je veux pas parler, je vais te faire pleurer grand-papa, et quand elle te dis "je veux aller au ciel pour visiter papa", c’est difficile d’entendre ça. Les enfants, comme les parents, ont besoin de recevoir de l’aide mentale », affirme Charles Goguen.

Charles Goguen a reçu un diagnostic de syndrome de stress post-traumatique,. « Toute notre famille a été marquée par cette tragédie », dit-il.

Les proches des premiers répondants comme les policiers, pompiers et ambulanciers paramédicaux morts en service recevront à partir du 1er avril 2018 des soins de santé mentale.

« Le [gouvernement fédéral] propose d’investir 80 millions de dollars sur cinq ans, à compter de 2018-2019, et 20 millions par année par la suite, pour appuyer l’établissement de la prestation pour les héros communautaires, une prestation non imposable qui sera mise en œuvre en collaboration avec les provinces, les territoires et les municipalités. Cette prestation appuiera les familles des agents de sécurité publique qui sont décédés dans l’exercice de leurs fonction », peut-on lire dans le budget fédéral de 2017.

Cependant, les familles comme celle de Charles Goguen ne seront pas admissibles.

« [Cette couverture] devrait être sans faute automatique! C’est triste de voir que ce n'est pas là. Je suis fier qu’à partir du 1er avril 2018, Ralph Goodale (ministre de la Sécurité publique) va faire ça, mais on ne peut pas oublier les gens du passé, ce n’est pas correct du tout », se désole Charles Goguen.

Un mouvement qui prend de l’ampleur

Une pétition, qui compte plus de 3400 signatures, a été lancée il y a quelques jours par la Canadian Critical Incident Stress Foundation pour inciter le ministre Goodale à reconnaître toutes les familles des premiers répondants morts en service.

Charles Goguen l’a signée ainsi que toute sa famille. Il en va de même pour le gendarme Louis-Philippe Thériault, qui est intervenu lors de la fusillade de Moncton.

« Dans la région de Moncton, dans les deux, trois dernières années, on a eu des suicides de paramédic, dont un qui était à la fusillade du 4 juin », déplore Louis-Philippe Thériault.

Louis-Philippe Thériault, qui est également le président de l'Association canadienne professionnelle de la police montée, soutient qu’il communique régulièrement avec cinq familles d’agents de la GRC morts en service. « Ces familles souffrent toujours d’anxiété, il y a des enfants qui n’ont jamais connu leur père ou qui en ont un très léger souvenir, il y en a qui ne sont toujours pas capables de retourner au travail parce qu’il y a toujours un stress relié à ça. »

Un centre de soutien aux premiers répondants à Moncton

Louis-Philippe Thériault soutient qu’il y a trop peu d’endroits pour aider les premiers répondants qui souffrent de stress post-traumatique. Selon lui, les centres ont souvent des listes d’attente et ne conviennent pas à tout le monde.

« Moi, ce que je voudrais, c’est un centre qui pourrait traiter tous les premiers répondants. Il serait probablement privé et la province et le fédéral pourraient envoyer tout le monde là. Moi je travaille pour ouvrir une clinique de traitement pour le syndrome de stress post-traumatique dans la région de Moncton pour les premiers répondants et les militaires », affirme Louis-Philippe Thériault.

De son côté, Charles Goguen a bien l’intention de continuer sa lutte pour faire bonifier l’aide aux familles des victimes. « J’aimerais rencontrer M. Justin Trudeau pour lui expliquer ce qui se passe dans nos familles. Je pense qu’il devrait le savoir! »

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