Voilà des mois que, loin des regards et des médias, Thomas Mulcair et ses partisans sont en campagne. Une campagne ciblée, précise. Une campagne fort probablement triste et difficile par moments. Une campagne pour convaincre les membres du Nouveau Parti démocratique (NPD) qu'il est toujours l'homme de la situation malgré la retentissante défaite du 19 octobre dernier.

Emmanuelle Latraverse

  Une analyse d'Emmanuelle Latraverse

L'aboutissement de ces mois de travail surviendra dimanche prochain, lorsque les membres du NPD se prononceront sur la tenue ou non d'une nouvelle course à la direction du parti. Si plusieurs au NPD croient en effet que leur chef risque de « passer le test », déjà la question plane : pour combien de temps?

Les grands syndicats divisés

On connaît l'importance du mouvement syndical au sein du NPD. Et depuis plus d'une semaine, dans l'entourage du chef on n'était pas peu fier de citer l'appui de cinq grandes centrales syndicales au pays.

Mais à cinq jours du vote, le Congrès du Travail du Canada a porté un coup dur en réclamant haut et fort le départ de Thomas Mulcair, sous prétexte qu'il n'a ni la personnalité ni l'étoffe idéologique pour diriger le parti et assurer sa reconstruction en vue de 2019, surtout face à un chef libéral comme Justin Trudeau.

Certes, le nombre de délégués du CTC ne fait pas le poids contre le nombre de délégués qui appuient Mulcair provenant des autres grands syndicats canadiens. Mais cette sortie de son président Hassan Yussuff risque d'ébranler bien des certitudes.

Non seulement le CTC est considéré comme un des membres fondateurs du NPD, mais cette division du mouvement syndical dans son ensemble est également révélatrice du niveau de frustration et de déception profonde au sein du parti et de ses militants.

Un constat brutal

L'« Examen de la campagne 2015 » rendu public par la présidente sortante du NPD, Rebecca Blaikie, et le groupe de travail qui l'a épaulée n'est rien de moins qu'un constat brutal sur la litanie d'erreurs qui a marqué la campagne électorale de l'automne dernier.

Au terme de quatre mois d'enquête et de dizaines de consultations, la présidente du NPD a été obligée d'admettre que la campagne a souffert de graves problèmes organisationnels et de problèmes de communications aussi. Ce sont là des facteurs qui ont fini par isoler la direction du Parti et son chef du pouls du terrain, de la vraie humeur des électeurs.

Et c'est bien là le plus grand aveu de cette autopsie des élections. Thomas Mulcair et ses troupes sont passés à côté de la plaque et ont complètement sous-estimé le désir de changement des électeurs canadiens, leur appétit de propositions politiques un tant soit peu audacieuses.

À la soif de changement qui régnait, Thomas Mulcair a offert la prudence.

On connaît la suite de l'histoire.

La responsabilité du chef

Par écrit, en entrevue ou en point de presse, on n'ose plus compter le nombre de fois où Thomas Mulcair a « accepté la responsabilité de l'échec électoral ».

Pourtant ces mea culpa répétés ne suffisent pas à dissiper le malaise.

Quelles visières portaient le chef et ses stratèges du NPD pour avoir si mal saisi l'humeur du pays?

De l'équilibre budgétaire au manque d'audace

On parle beaucoup du prix politique qu'a payé le NPD pour sa promesse de maintenir l'équilibre budgétaire, mais tous s'entendent pour dire que le problème était bien plus profond.

Prise de position légaliste sur le niqab, promesse d'un éventuel programme de garderies qui n'a trouvé aucun écho au Québec, hausse du salaire minimum pour une fraction des travailleurs du pays, et j'en passe. Le programme électoral dans son ensemble n'a pas su inspirer.

On le dit ouvertement à l'interne aujourd'hui, le NPD a manqué d'audace. « À vouloir plaire au plus grand nombre, on a fini par n'inspirer personne », raconte un stratège sous le couvert de l'anonymat.

Dans le cadre de ce congrès, le Parti voudra donc tourner la page sur le long deuil de la défaite, se tourner enfin vers l'avenir. Or, face à un Parti libéral qui, jusqu'ici du moins, offre des politiques progressistes, le NPD peut-il se permettre de continuer à être aussi prudent et réservé?

Un chef en sursis?

Il est là, le malaise au sein du NPD. Plusieurs au Parti, même parmi ceux qui comptent appuyer Thomas Mulcair lors du vote de dimanche, se demandent s'il est toujours l'homme de la situation.

Car au NPD, on n'a pas oublié le calcul politique qui a entouré son élection comme chef du Parti.

Au lendemain de la vague orange, dans le deuil du décès de Jack Layton, Thomas Mulcair a gagné parce qu'il incarnait un certain « virage au centre » pour le NPD. Son élection se voulait le pari qu'un chef plus au centre, moins gauchiste, rendrait les politiques progressistes du NPD plus facile à vendre à l'électorat canadien. Un chef comme Thomas Mulcair serait rassurant.

Or, quatre ans plus tard, si le NPD a su rassurer, s'il a démontré sa grande efficacité sur les bancs de l'opposition, il n'a pas inspiré. Là est le problème. Là est tout le dilemme auquel font face les membres en vue du vote de dimanche.

Techniquement, en se prononçant pour ou contre une nouvelle course à la direction du Parti, les membres du NPD doivent à la fois se prononcer sur le leadership de leur chef, mais aussi sur l'avenir de leur parti.

Avec un chef compétent et habile comme Thomas Mulcair, il est possible qu'ils fassent le pari qu'à court terme, le Parti ait davantage besoin d'expérience au Parlement face à ce jeune gouvernement libéral. Mais peu importe le résultat, tous sont bien conscients que le résultat du vote de dimanche n'évacuera pas le dilemme plus profond avec lequel le NPD est aux prises : où doit aller le parti en vue de 2019.

Et à ce chapitre, la question du leadership demeurera bien ouverte.

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