Retour

Séparation des familles migrantes : Ottawa appelé à faire pression sur Washington

Divers organismes, dont Amnistie internationale et le Nouveau Parti démocratique (NPD), demandent au gouvernement Trudeau d'adopter une position ferme devant le traitement réservé aux enfants des demandeurs d'asile aux États-Unis, qu'ils comparent à une forme de torture, et de suspendre l'entente sur les tiers pays sûrs.

Un texte de Bernard Barbeau

« Ce qui se passe aux États-Unis est inacceptable », a statué le premier ministre Justin Trudeau, mercredi matin. La veille, le ministre des Transports Marc Garneau avait tenu exactement les mêmes propos, reconnaissant au nom du gouvernement que « tous les Canadiens sont troublés par les images qui nous viennent des États-Unis ».

Mais Amnistie internationale Canada, la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCOSPRI) et la Commission scolaire de Montréal (CSDM) réclament une prise de position plus concrète d'Ottawa.

« On se demande comment le gouvernement fédéral – et notamment le ministre [de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed] Hussen – peut dire qu’il est encore en train d’évaluer la situation, ajoute-t-elle. Qu’y a-t-il encore à évaluer pour suspendre l’entente sur les tiers pays sûrs? »

« Le gouvernement fédéral devrait aussi faire pression immédiatement sur l’administration des États-Unis pour que cesse cette politique de séparation des familles […] une pratique illégale, criminelle et inutile », estime Mme Paul.

Stephan Reichhold, directeur de la TCOSPRI, a aussi demandé au gouvernement du Québec d'intervenir.

M. Reichhold a déclaré que les organismes qu’il représente sont « révoltés par le traitement inhumain infligé par les autorités américaines à des enfants réfugiés. Aucun enfant sur la terre ne devrait être traité de la sorte. »

« Nous croyons que l’attention à accorder aux enfants et à leur relation avec leurs parents est un élément fondamental de toute civilisation. Le fait que nombre d’États aient signé une convention internationale sur le droit des enfants confirme qu’ils partagent cette valeur universelle », a affirmé Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM, le plus grand réseau d’écoles publiques du Québec.

En vertu d’une décision de l’administration Trump de mettre fin à la politique « attraper et relâcher » et de la remplacer par une politique de « tolérance zéro », des enfants sont maintenant séparés de leurs parents, qui sont inculpés pour être entrés illégalement aux États-Unis. Ce changement est en vigueur depuis avril, mais la nouvelle donne fait l’objet d’une couverture intensive dans les médias depuis quelques jours, en particulier depuis que ProPublica a diffusé des extraits audio d’enfants en pleurs.

Trudeau ne veut pas « mêler les choses »

Des députés du NPD ont questionné le gouvernement Trudeau à ce sujet tous les jours, cette semaine, aux Communes.

« J'ai une question simple pour le premier ministre : est-ce qu'il croit toujours que les États-Unis représentent un tiers pays sûr pour les demandeurs d'asile? » a demandé lundi Guy Caron.

« Nous ne jouerons pas à la politique là-dessus, a alors répondu le premier ministre Justin Trudeau. C'est une situation extrêmement difficile et nous reconnaissons à quel point il est important de ne pas mêler les choses. Les Nations unies ont déterminé que pour les demandeurs d'asile, les États-Unis demeurent un tiers pays sûr. »

« Mais en même temps, nous nous devons de faire plus pour protéger les gens vulnérables qui sont en migration à travers le monde », a-t-il toutefois reconnu.

Jenny Kwan a pris la relève, mardi, disant : « Il est clair pour moi que les États-Unis ne peuvent plus être considérés comme un pays sûr pour les immigrants et les réfugiés. »

« Les enfants sont utilisés comme des pions dans le jeu politique de Trump », a déploré la députée.

M. Caron est aussi revenu à la charge, tout comme Hélène Laverdière, qui a demandé à son tour : « Est-ce que le gouvernement va dénoncer la situation et suspendre l’entente sur les tiers pays sûrs? »

Les conservateurs se sont abstenus pour leur part de dénoncer la politique de tolérance zéro de Washington.

Plus d'articles