Retour

Six mots retirés d'un rapport de la province sur la santé mentale

« Un site d'injection supervisée pour Winnipeg » : l'absence de ces six mots est l'unique différence substantielle entre le rapport final sur la santé mentale au Manitoba et une ébauche accidentellement fournie aux médias lundi.

Une analyse de CBC effectuée à l’aide de Microsoft Word révèle 210 différences entre les deux versions. La plupart touchent le formatage.

Le Dr Brian Rush qui a conjointement rédigé le rapport affirme qu’il avait supprimé la mention de site d’injection supervisée il y a plusieurs semaines après une réflexion approfondie. Il dit se pencher sur la chronologie des changements apportés à différentes versions du rapport.

Le Dr Rush ainsi que le ministre de la Santé du Manitoba, Kelvin Goertzen, ont affirmé lundi que le gouvernement n’a pas réclamé l’élimination de mention de site d’injection supervisée.

Le 4 avril, M. Goertzen a affirmé déjà avoir le rapport en main.

M. Goertzen déclare que l’ébauche du rapport qu’on lui a fournie ce week-end ne faisait pas mention de site d’injection supervisée, mais qu’il a discuté de cet enjeu avec le Dr Rush en matinée lundi.

« Lorsque je l’ai interrogé ce matin [lundi] sur une variété de choses, il a soulevé le problème de sites d’injection supervisée », dit le ministre.

« Il a exprimé son soutien, en général, pour les sites d’injection supervisée, mais il a dit qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves au Manitoba pour recommander cette mesure précise », poursuit-il.

Le spectre de l’ingérence politique

Le professeur émérite en sciences politiques à l’Université du Manitoba et auteur de plusieurs rapports pour la province, Paul Thomas, dit que des ébauches de rapports indépendants sont fournies aux fonctionnaires afin de préparer les ministres pour les questions des médias.

« Dans le monde politique d’aujourd’hui, il y a une forte insistance sur la gestion des informations [...] Les gouvernements n’aiment vraiment pas les surprises et tout ce qui pourrait mener à des nouvelles négatives pour eux », indique M. Thomas.

Il soutient qu’il a été confronté à des cas d’ingérence politique quant aux résultats de rapports avant leur publication.

« Si vous pensez, tous comptes faits de vos preuves, y compris des soumissions de personnes sur le terrain, que ce sont les meilleurs conseils politiques que vous pouvez offrir, alors vous devriez donner ces conseils politiques », dit-il.

« Vous ne devriez pas faire le calcul de ce qui est politiquement acceptable pour le gouvernement qui a autorisé l’étude », ajoute M. Thomas.

Il croit que le spectre de l’ingérence politique, qu'elle ait lieu ou non dans des cas particuliers, peut influencer les auteurs de rapports, ainsi que la perception du public de leurs conclusions.

« Nous vivons dans une époque de méfiance et de cynisme quant aux politiciens et à la façon qu’ils cherchent à manipuler les nouvelles, dit-il. Ainsi, beaucoup de personnes vont regarder le déni de M. Goertzen et dire, “Ah, je ne le crois pas” ».

« Une crise de la confiance », selon l'opposition

Le chef du Parti libéral du Manitoba, Dougald Lamont, parle d'une crise de confiance. « Le rapport a perdu de la crédibilité. Le gouvernement a perdu de la crédibilité parce qu’on a fait des changements au rapport », lance-t-il.

De son côté, le chef de l’opposition officielle, Wab Kinew, veut des réponses, « Pour moi, le grand enjeu aujourd’hui, c’est de demander : "Qu’est-ce que le gouvernement a vraiment fait? Est-ce qu'il avait prédéterminé la conclusion avant de lancer ce processus?" »

Avec des informations de CBC News

Plus d'articles