Retour

Sommet du G20 : les deux mondes parallèles de Justin Trudeau

Il y a de ces moments en politique où on a l'impression de voir défiler deux réalités parallèles. On dirait deux mondes aux antipodes l'un de l'autre, pourtant réunis au même moment, dans un même lieu. Ce sommet du G20 en est un exemple parfait, du moins lorsqu'il s'agit d'observer les premiers pas de Justin Trudeau sur la scène internationale.

Une chronique d'Emmanuelle Latraverse

Une journée tout en contrastes

D'un côté, la colère et l'indignation de la communauté internationale, de l'autre, les valses-hésitations du nouveau premier ministre.

D'un côté, la tristesse de cette minute de silence observée par les dirigeants du G20, de l'autre, l'enthousiasme des gens d'affaires qui sollicitaient les uns après les autres des égoportraits avec Justin Trudeau, « l'antidote au cynisme ».

D'un côté, l'accueil chaleureux que semblent lui avoir réservé ses homologues, de l'autre, le regard critique d'une presse canadienne qui a passé la journée à essayer de comprendre la stratégie entourant cette première journée à la table des grands.

Deux sommets parallèles

Depuis 24 heures, deux sommets parallèles sont en cours; un sommet strictement économique au sein duquel le premier ministre canadien est bien accueilli et semble à la hauteur des attentes, et un autre sommet sur les suites des attentats à Paris où il semble à contre-courant de la nouvelle donne dans la lutte contre le terrorisme.

Au sein du sommet économique, un haut fonctionnaire qui accompagne le premier ministre va jusqu'à affirmer que ce dimanche a été « une super journée pour son premier grand sommet », ajoutant du même souffle qu'il a été « très bien reçu ».

Pourtant, dans la réalité publique de l'après-Paris, difficile de conclure que Justin Trudeau a eu une super journée, lui qui aurait à peu près ignoré ces terribles attaques n'eût été la tristesse qu'il a exprimée lors de son discours sur l'économie, et n'eut été surtout de la question qu'a osé poser une journaliste de CTV lors du tête-à-tête entre le premier ministre et le président du Mexique, Enrique Pena Nieto.

Alors que sur la sécurité nationale Justin Trudeau n'a rien dit de particulièrement éloquent, un haut fonctionnaire vante son talent pour articuler la position canadienne à la table des discussions internationales sur l'économie et le climat.

Et pendant que bien des Canadiens s'interrogent des contrôles de sécurité qui seront mis en œuvre avec l'accueil de 25 000 réfugiés d'ici le 1er janvier, on nous affirme que l'enjeu n'a même pas été soulevé par le président Obama, notre voisin du sud.

Le contraste entre deux dossiers épineux

Sur la lutte contre le groupe armé État islamique et l'éventuel retrait des CF-18 canadiens de la campagne de bombardements en Irak et en Syrie, au lieu de saisir la balle au bond, Justin Trudeau a finalement envoyé son ministre des Finances corriger le tir. C'est donc Bill Morneau et non le premier ministre qui a réaffirmé que le retrait du Canada des frappes aériennes n'est pas un signal de recul face à la coalition.

Or parallèlement, à en juger le compte rendu de ceux qui l'accompagnent derrière les portes closes du sommet, sur les changements climatiques Justin Trudeau a livré un « vibrant plaidoyer » au sujet de leur importance et de leur impact réel sur l'avenir de l'économie.

36 heures après les attentats de Paris, on a eu droit à deux Justin Trudeau. Celui vu par ceux qui étaient à ses côtés et celui vu de l'extérieur par la presse.

Justin Trudeau qui sait convaincre et qui sait créer des consensus ou Justin Trudeau qui peine à s'ajuster à une situation de crise... Lequel des deux sera le vrai? Seule la suite de son mandat nous le dira.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un enfant impressionne à la batterie dans le métro de New York





Rabais de la semaine