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Sommet du G7 : des citoyens désenchantés dans Charlevoix

À un mois du Sommet du G7 à La Malbaie, l'enthousiasme laisse place à une certaine inquiétude dans Charlevoix. L'élaboration de plans d'urgence pour contrer les pires scénarios et la lourdeur des préparatifs désenchantent certains résidents.

Un texte de Marc-Antoine Lavoie

« C’était une idylle annoncée. Tout le monde pensait que tout allait se faire et que les enveloppes allaient tomber du ciel et qu'on allait pouvoir faire les travaux qu'on attendait depuis nombre d'années. Ce n'est pas tout à fait le cas ».

Le maire de La Malbaie, Michel Couturier, croit que la perception des Charlevoisiens a bien changé depuis qu’ils ont appris l’an dernier que le Sommet du G7 allait se tenir au Manoir Richelieu.

Malgré les nombreux investissements dans la région, qui ont notamment permis l’élargissement de la couverture cellulaire et l’accès à une connexion Internet haute vitesse par fibre optique, l’envers de la médaille commence à se faire sentir. D’autant plus que les autorités en sont maintenant à préparer les plans de mesure d’urgence.

Infrastructures réquisitionnées par la GRC

La GRC se prépare à d’éventuels débordements. À une dizaine de kilomètres de La Malbaie, l’organisation s’est emparée de l’aréna de la municipalité de Clermont. L’accès au terrain est déjà restreint par des agents de sécurité.

« On voit qu'il y a une construction qui a été faite à l'arrière de l'aréna sur un des terrains qui est en location. On dit que c'est une prison. C’est la rumeur », lance le maire de Clermont, Jean-Pierre Gagnon.

La GRC précise que l'aréna de Clermont servira de centre logistique, et le bâtiment adjacent, de Centre opérationnel de traitement des contrevenants. Ce dernier sera déconstruit à la fin du G7. L’organisation a aussi réquisitionné le Club de curling de Clermont, qui « servira à des opérations de la Sûreté du Québec ».

Les pompiers de Lévis seront aussi dans Charlevoix lors du G7 pour soutenir les opérations. La Ville de Lévis ne veut pas préciser leur rôle pour des raisons de sécurité.

Le maire de Clermont espère que les manifestations prévues dans Charlevoix demeureront pacifiques.

« Peut-être qu’ils vont garder ça pour la Ville de Québec où il va y avoir beaucoup de journalistes, lance Jean-Pierre Gagnon. M. Labeaume aime beaucoup avoir toutes les retombées gouvernementales et monétaires dans sa ville. On va lui laisser les manifestants, et nous on va prendre le plus beau du G7 », ajoute-t-il à la blague.

Militarisation de l’aéroport de Charlevoix

Les Forces armées canadiennes et la GRC ont aussi pris possession de l’aéroport de Charlevoix. L’infrastructure sera donc inaccessible pour les citoyens lors du G7.

« Il y a un dispositif où on va prévoir la présence de l'armée à l'intérieur du périmètre, et le périmètre, lui, sera surveillé par la Sûreté du Québec », fait savoir le préfet de la MRC, Sylvain Tremblay.

Cette restriction s’ajoute à la barrière de sécurité entourant la « zone rouge » et les accréditations nécessaires pour circuler dans la « zone verte », qui sera elle aussi clôturée à compter de la semaine prochaine.

Ces dispositifs de sécurité peuvent être mal perçus par les citoyens de Charlevoix, selon le préfet Sylvain Tremblay.

« De se faire restreindre, même si c'est un petit coin quand tu regardes la proportion de la carte, il y a un sentiment d’oppression. […] Même moi je ne peux plus rentrer [à l’aéroport]. Alors, ça fait bizarre », avance Sylvain Tremblay.

Malgré tout, les élus de Charlevoix demeurent positifs et convaincus que l’événement offrira une bonne visibilité à la région et entraînera des retombées touristiques et économiques importantes à l'avenir.

« D'être au cœur de l'action pour un événement je pense que c'est un privilège. […] C'est une expérience. Elle est agréable, mais on n'a pas la structure pour supporter ça nombre de fois », conclut le maire de La Malbaie, Michel Couturier.

Le Sommet du G7 se tiendra les 8 et 9 juin à La Malbaie.

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