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Soulagement des familles de personnes inscrites par erreur sur la liste d'interdiction de vol

Dans son budget de mardi, le gouvernement libéral a débloqué 81,4 millions de dollars sur cinq ans pour améliorer le programme de protection des passagers. Le programme a connu de nombreux ratés, parce qu'il interdisait à des milliers de Canadiens sans reproche de prendre l'avion à cause de la similitude entre leur nom et celui des individus visés par Ottawa.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

La liste d'interdiction de vol a été créée au début des années 2000 pour des raisons de sécurité afin d'empêcher des individus jugés à risque de prendre l'avion dans l'un des aéroports du pays.

Le groupe No Fly List Kids, qui compte un millier de Canadiens, dont une centaine d'enfants, affirmait que leurs droits constitutionnels étaient violés et que la liste est discriminatoire, parce qu'une majorité des noms inscrits sur la liste ont une consonance arabe et musulmane.

Pour ces Canadiens, voyager était devenu un enfer, parce qu'ils devaient endurer des retards à l'embarquement, des contrôles sévères comme des fouilles et des annulations de vol. Certains se sont même vu confisquer leurs passeports.

Dawn O'Connor en a fait les frais à deux reprises à Toronto en 2016 et à Halifax en 2017, parce que son fils de six ans, David Matthews, figure sur la liste.

Elle explique qu'elle a toutefois été plus chanceuse que d'autres, parce que sa famille avait malgré tout pu prendre l'avion ces deux fois-là sans manquer son vol de correspondance, « mais avec du retard », dit-elle.

Mme O'Connor dit que les deux évènements l'ont vraiment marquée et qu'elle a réalisé qu'elle n'était pas la seule au pays à vivre une telle expérience.

Elle ajoute que certains Canadiens étaient probablement inscrits sur la liste, mais qu'ils l'ignoraient parce qu'ils ne voyagaient pas.

Avec du recul, Mme O'Connor reconnaît que la situation était « confuse et désespérée » à la suite des attentats du 11 septembre 2001 et que le gouvernement a dû réagir avec promptitude. « Beaucoup de Canadiens, peu importe leurs origines, pensaient à l'époque qu'une telle mesure était nécessaire, même si toutes les personnes religieuses ne sont pas des terroristes. »

Engagement du gouvernement

Le ministère de la Sécurité publique compte régler le problème en améliorant le programme actuel. Les fonds de 81,4 millions permettront de développer un nouveau programme informatique centralisé et plus rigoureux afin de dépister les individus indésirables avant qu'ils ne s'embarquent à bord d'un avion au pays.

Un investissement supplémentaire de 14 millions de dollars sera ensuite attribué chaque année à l'Agence des services frontaliers du Canada pour financer et maintenir le programme.

Le fils de Suleeman Ahmed, Adam, figure sur la liste, parce qu'il porte le même nom qu'un individu interdit de vol.

Le groupe No Fly List Kids, dont Suleeman Ahmed est l'un des responsables, crie victoire après avoir mené un combat sans répit contre Ottawa avec l'appui de certains députés fédéraux comme Alexandre Boulerice du NPD.

« Cela montre que les Canadiens peuvent se faire entendre auprès du gouvernement, qu'ils n'ont pas à être complaisants et qu'ils n'ont pas à assumer que rien ne changera », explique Mme O'Connor qui ajoute toutefois que le financement n'est pas suffisant.

Elle pense qu'elle n'est toutefois pas au bout de ses peines, parce que les changements risquent de prendre trois ans avant d'être implantés selon ce qu'elle a appris du gouvernement.

Elle s'attend donc à connaître de nouveaux ennuis la semaine prochaine lorsque sa famille partira en vacances au Mexique. « Air Canada nous connaît bien maintenant, mais nous arriverons très tôt à l'aéroport par mesure de précaution », conclut-elle en riant.

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