De l'envoi d'une équipe d'intervention d'urgence à la présence d'une équipe permanente en rotation, le gouvernement manitobain assure que l'aide est en route à Cross Lake, où la Première Nation Pimicikamak est en proie à une vague de suicides et de tentatives de suicide.

Selon la province, une équipe de l'Office régional de santé du Nord (ORSN) devait arriver à Cross Lake à midi vendredi, comme l'avait réclamé la chef du conseil de bande, mercredi, en décrétant l'état d'urgence.

Des représentants provinciaux et de Cross Lake discutent aussi d'un plan global d'intervention, dont des nouvelles sont attendues vendredi soir.

En outre, ces représentants discutent aussi de l'envoi immédiat de trois professionnels de la santé mentale, qui feraient des séjours de huit semaines de façon intermittente. Il s'agirait d'un clinicien de la santé mentale des jeunes, d'un intervenant en santé communautaire et d'une femme autochtone « avec le savoir culturel pour garantir la sécurité culturelle ».

Du côté fédéral, Santé Canada affirme avoir fourni l'aide d'un thérapeute en santé mentale pendant 10 jours chaque mois, depuis plusieurs mois. Cette aide est passée à 19 jours en février. Le ministère ajoute qu'il a dépêché quatre thérapeutes supplémentaires et tente d'en trouver d'autres, afin d'en avoir au moins deux en permanence à Cross Lake, à long terme. De son côté, la ministre des Affaires autochtones et du Nord canadien Carolyn Bennett « est en contact avec la communauté et a hâte de lui tendre la main », a indiqué son bureau.

Un guérisseur traditionnel a notamment été identifié, et de multiples organisations autochtones veulent fournir du personnel, selon Santé Canada.

Appel à un plan national

Tout en réclamant une action immédiate et pilotée localement à Cross Lake, l'Assemblée des Premières Nations du Canada appelle à un plan national d'intervention, qui toucherait notamment aux loisirs, à l'éducation et à la fierté des langues autochtones. « C'est dommage qu'il ait fallu cette déclaration d'état d'urgence pour que les gouvernements bougent », a estimé le chef national de l'AFN, Perry Bellegarde, en visite à Winnipeg.

Six personnes se sont enlevé la vie depuis décembre à Pimicikamak et plus de 100 jeunes de la communauté sont sous surveillance, car ils sont jugés à risque de se suicider.

Le premier ministre Greg Selinger dit que les membres de la Nation crie Pimicikamak ont aussi contacté l'Office régional de la santé du Nord, et que l'office « voulait s'assurer de la meilleure façon d'apporter du soutien à la communauté avant de s'y rendre. »

« Nous envoyons des gens dans les communautés en fonction des priorités et c'est ce que nous faisons en ce moment », dit Greg Selinger. Il ajoute qu'il y a déjà des gens qui travaillent sur le terrain. »

Une communauté frustrée

Le conseiller de bande de Pimicikamak Donnie McKay dit que le nombre de tentatives de suicide et de pensées suicidaires continue d'augmenter dans sa communauté.

Un groupe de travail composé de professionnels spécialistes des traumatismes : un médecin, une infirmière, un agent de la GRC, des travailleurs sociaux et des conseillers de bande a été créé pour faire face à la crise.

Donnie McKay, qui est responsable du portefeuille de la santé, dit que le groupe va proposer des recommandations pour faire face à cette tragédie, et proposer des stratégies de prévention.

Actuellement, la communauté de 5858 habitants ne compte qu'un seul thérapeute qualifié, qui n'est pas présent à temps plein, dit-il. Le reste du personnel de santé a quelques connaissances en gestion de crise et pour intervenir en cas de suicide. « Si c'était arrivé ailleurs, comme à Dauphin ou Brandon, il y aurait déjà toutes les ressources disponibles...mais ici [il n'y a] rien », souligne Donnie McKay.

Le personnel de santé est épuisé et demande de l'aide, rapporte-t-il. Selon lui, les deux ordres de gouvernement doivent en faire davantage.

Services d'aide à l'enfance : un système à réviser

À la suite de cette vague de suicides, la ministre fédérale des Affaires autochtones et du Nord Carolyn Bennett, a déclaré qu'elle travaillait avec Cindy Blackstock, une chercheuse et éducatrice spécialiste de la jeunesse et de la famille autochtone, pour créer un plan pour une « refonte complète » du système de services d'aide à l'enfance.

Carolyn Bennett a également demandé à l'Assemblée des Premières Nations, à plusieurs provinces et territoires ainsi qu'à des défenseurs des droits de l'enfant de contribuer au plan.

Avec les informations de Jillian Taylor, Cameron MacIntosh, Karen Pauls, Angela Johnston

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