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Tarifs douaniers américains : un plan d'aide concret « d'ici quelques jours », dit Morneau

Le fédéral et les provinces annonceront, « d'ici quelques jours », des mesures concrètes pour venir en aide aux entreprises touchées par les tarifs douaniers de l'administration américaine. Cet engagement fait suite à la réunion des ministres des Finances à Ottawa de mardi, qui s'est déroulée dans l'ombre des menaces commerciales des États-Unis.

« Nous devons nous soutenir mutuellement dans ces temps d'adversité économique », a déclaré, en fin de journée, le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau.

Toute la journée, M. Morneau et ses homologues des provinces, dont le ministre québécois Carlos Leitao, ont évoqué ces tarifs douaniers américains de 25 % sur l'acier et de 10 % sur l'aluminium en provenance du Canada, du Mexique et de l'Europe.

En réponse au geste du président Donald Trump, qui agite le spectre d'une guerre commerciale, les ministres des Finances ont justifié la riposte économique d'Ottawa, soit des barrières tarifaires sur des produits américains pour un total de 16,6 milliards de dollars.

« Nous pensons que les tarifs douaniers américains sont mauvais pour l'économie canadienne; nous avons expliqué aux États-Unis que leurs tarifs étaient aussi néfastes à leur propre économie », a poursuivi M. Morneau, qui a clairement indiqué qu'Ottawa imposait ses propres tarifs en réponse au protectionnisme américain.

Même son de cloche du côté du ministre Leitao : « Nous sommes des alliés depuis des siècles, mais s'il faut réagir, nous allons réagir vigoureusement, a-t-il lancé. Les amis ne s'infligent pas cela mutuellement. Nous appuierons nos entreprises », a ajouté M. Leitao.

De passage à Washington, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a sensiblement repris les mêmes arguments. « Nous leur avons répété ce que nous disons depuis longtemps, soit que les tarifs protectionnistes finissent par nuire aussi au pays qui les impose », a-t-il dit à la sortie d'une journée d'échanges « francs » avec le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross.

Aide aux entreprises

Questionnés à répétition à savoir si une aide concrète serait offerte aux entreprises canadiennes touchées par les mesures américaines ou par la riposte canadienne, MM. Morneau et Leitao ont répété que des annonces seraient effectuées d'ici quelques jours, sans donner plus de détails.

« Nous sommes en train de faire nos devoirs, et il est très important d'avoir une approche qui fonctionne; nous sommes en train [d'y parvenir] », a mentionné le ministre Morneau en parlant d'une « aide certaine ».

Sans approfondir son propos, M. Morneau a évoqué « un programme » pour les employés des entreprises affectées par les tarifs américains.

Plus tôt dans la journée, plusieurs représentants d'entreprises qui ont participé à une réunion du Comité permanent du commerce international des Communes ont manifesté leur inquiétude quant aux répercussions des mesures adoptées par le gouvernement américain sur l'économie nationale.

« La dernière fois que nous nous sommes retrouvés en récession, l'économie canadienne a perdu des centaines de milliers d'emplois », a ainsi rappelé John White, président de la Corporation des associations de détaillants automobiles, l'un des participants à cette réunion en comité.

« En regardant les tarifs imposés par le président Trump, [...] ça pourrait être dévastateur, c'est sûr. »

Le secteur de l’automobile en ressentirait fortement l’impact : une voiture qui coûte en moyenne 32 000 $ deviendrait aussitôt impossible à vendre à 40 000 $, a souligné Flavio Volpe, de l'Association des fabricants de pièces automobiles.

« Nous soutenons les contre-mesures annoncées par le gouvernement fédéral et estimons qu'elles doivent être exhaustives et immédiates », a dit Ken Neumann, directeur national du Bureau national du Syndicat des Métallos.

Les mesures de représailles du Canada auraient dû entrer en vigueur immédiatement après l'annonce de Washington, le 1er juin, estime M. Neumann.

L'Association canadienne des producteurs d'acier croit aussi que les contre-mesures canadiennes sont justifiées et appropriées. Les véritables embûches se trouvent au bout de la route, ont prévenu les intervenants.

La perspective d'une guerre commerciale tous azimuts est une réalité, selon Jerry Dias, président d'Unifor, le plus grand syndicat du secteur privé au pays.

Une position qui désavantage les États-Unis

En entrevue à 24/60, le professeur Richard Ouellet de l’Université Laval estime que le contexte international commence à montrer à l’administration américaine que sa position est « largement exagérée » et dessert les États-Unis. Il cite l’exemple du fabricant américain de motos Harley-Davidson, qui annonce qu’une partie de sa production se fera dorénavant en Europe pour échapper aux tarifs douaniers instaurés par Bruxelles en représailles à ceux de Washington.

Pour M. Ouellet, cela démontre que des mesures commerciales contre des partenaires peuvent nuire à l'économie.

L'irritant de la péréquation

Par ailleurs, l'Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador devaient profiter de la rencontre fédérale-provinciale pour proposer de rouvrir le dossier de la péréquation. Aucun commentaire n'a été recueilli à ce sujet au terme de la rencontre.

Les parlementaires fédéraux ont beau avoir récemment renouvelé l'entente entre Ottawa et les provinces qui encadre les transferts de fonds fédéraux jusqu'en 2024, ces provinces s'estiment désavantagées par la nouvelle formule.

Six provinces, dont le Québec, recevront des sommes totalisant 19 milliards de dollars pour l'exercice financier 2018-2019. Les trois provinces mécontentes font partie de celles qui ne toucheront pas ces montants.

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