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Tests d’immigration plus chers en français : le commissaire aux langues officielles blâme Ottawa

EXCLUSIF - Le ministère fédéral de l'Immigration n'a pas respecté ses obligations en matière de langues officielles en permettant la tenue de tests de compétence linguistique plus chers en français qu'en anglais. C'est ce que conclut le commissaire Graham Fraser dans un rapport d'enquête préliminaire, dont Radio-Canada a obtenu copie.

Un dossier de Laurence Martin et de Valérie Ouellet

Le commissaire aux langues officielles est catégorique : le gouvernement fédéral manque à son devoir et nuit peut-être même à l'immigration francophone en acceptant des tests de compétence linguistique en français plus chers et moins accessibles que les tests en anglais.

Après un an d'enquête, Graham Fraser présente un rapport préliminaire qui donne raison aux francophones qui s'étaient plaints de la différence de tarifs entre les tests en français et en anglais. 

Pour devenir résident permanent, il faut prouver qu'on maîtrise l'une des deux langues officielles, en réussissant, par exemple, un examen reconnu par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).

Le problème, c'est que les évaluations en français coûtent souvent des centaines de dollars de plus.

Résultat : pour économiser, des immigrants francophones optent plutôt pour l'examen en anglais. Un choix déchirant pour certains.

Pourquoi cette différence de prix?

Les tests de français offerts au pays sont tous conçus et corrigés en France, soit par la Chambre de commerce et d'industrie de Paris ou par le Centre international d'études pédagogiques. Pour recevoir leur correction finale, les examens doivent être renvoyés outre-mer par la poste.

Autre coût : le salaire des examinateurs. Chaque candidat qui passe le test doit être examiné par deux personnes, ce qui n'est pas le cas pour l'un des tests d'anglais.

Même si les organisations désignées pour administrer les tests sont des tierces parties, insiste Graham Fraser, ces services doivent être « disponibles et de qualité égale » en français comme en anglais, en vertu de l'article 25 de la Loi sur les langues officielles

En plus d'être plus chers, écrit le commissaire, les tests sont aussi plus difficile d'accès pour les francophones. Le Test d'évaluation de français (TEF) n'est d'ailleurs pas du tout offert à l'Île-du-Prince-Édouard, ni à Terre-Neuve-et-Labrador, ni dans les territoires.

Graham Fraser cite en exemple le cas d'un francophone de Whitehorse, au Yukon, qui a dû se rendre à Vancouver, en Colombie-Britannique, pour passer son TEF. Une fois la partie écrite de son test complétée, il a dû attendre quatre jours sur place avant qu'on évalue ses compétences en compréhension orale.

Une fois le test complété, note Fraser, les francophones attendent souvent plus longtemps avant d'obtenir les résultats. Par exemple, en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse, « le délai d'attente [pour s'inscrire] pouvait respectivement atteindre trois et cinq mois. »

Le commissaire recommande au gouvernement fédéral « d'entreprendre immédiatement des démarches » pour mettre fin à cette situation qui dure depuis des années, et qui pourrait avoir des conséquences négatives sur l'accueil d'immigrants francophones et, ultimement, sur la vitalité du français au pays.

« J'ai le sentiment qu'on veut me faire oublier ma langue »

Amandine Girard, maintenant résidente permanente, fait partie des centaines de francophones qui ont passé leur examen en anglais. Elle se dit satisfaite des recommandations du commissaire Fraser.

Selon elle, le gouvernement fédéral fait preuve d'hypocrisie à l'heure actuelle : 

La conseillère consulaire Francine Watkins avait déposé une plainte au Commissariat aux langues officielles pour dénoncer le prix des tests de français.

En lisant les conclusions du rapport, celle qui représente les Français de l'Ontario et du Manitoba parle carrément d'une « victoire pour la Francophonie ».

Elle veut maintenant que le gouvernement fédéral agisse : 

Des examens bientôt moins chers ?

Les Alliances françaises du Canada, où bien des immigrants passent leurs examens, affirment avoir fait des efforts pour baisser les tarifs depuis le début de l'enquête du commissaire.

Leur porte-parole Régis Camoin soutient que, d'ici un an, le test sera offert « presque exclusivement sous format électronique, et les résultats [seront envoyés] par courriel », au lieu d'être transmis par la poste, comme c'est le cas présentement.

Le contenu du test sera également revu pour contenir des exemples plus appropriés au Canada, précise Régis Camoin. « On nous a reproché d'être trop franco-français dans les examens », ajoute-t-il.

Malgré tout, les Alliances françaises n'arriveront jamais à offrir un tarif égal à ceux des tests d'anglais sans aide financière, insiste M. Camoin.  

Il croit que l'idée de mettre sur pied une subvention fédérale pour assurer l'équité des prix est « somme toute assez logique et irait dans le sens de l'égalité ».

Ottawa promet d'étudier le rapport

Le ministre fédéral de l'Immigration, John McCallum, n'était pas disponible lundi pour nous accorder une entrevue.

Interrogé mercredi sur le sujet lors de la période de questions à Ottawa, le ministre a dit qu'il allait « considérer sérieusement » le rapport. 

En juin, Ottawa a remis en place un programme qui simplifie le processus d'embauche de travailleurs étrangers francophones hors Québec. Il avait été aboli par les conservateurs il y a deux ans.

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