Retour

Thomas Mulcair et le NPD : le rejet du greffon

Thomas Mulcair était entré en politique à la demande de feu Claude Ryan. Comme son mentor, il aura été greffé à un parti où il n'avait pas de racines et le parti aura rejeté la greffe, un peu comme ce qui était arrivé à M. Ryan.

Michel C. Auger

Une analyse de Michel C. Auger
animateur de Midi Info

 

Sauf que le Parti libéral du Québec avait quand même eu l'élégance de laisser M. Ryan démissionner, même si personne ne doutait qu'il venait de se faire montrer la porte. Thomas Mulcair aura dû vivre l'humiliation d'être le premier chef de parti de l'histoire moderne du Canada d'avoir été carrément congédié lors d'un vote de confiance.

Peu de gens s'attendaient à ce que M. Mulcair passe l'épreuve de ce vote de confiance avec facilité. La défaite d'il y a six mois était trop douloureuse pour ne pas laisser des traces. Mais à peu près personne n'aurait pu prévoir qu'il n'obtienne même pas la moitié des appuis.

Dans les circonstances, on peut d'ailleurs se demander s'il pourra bel et bien rester chef intérimaire pendant deux ans d'un parti qui vient juste de le désavouer de façon aussi spectaculaire.

Mais cela n'est que l'une des nombreuses difficultés qui attendent le NPD au cours des deux prochaines années. Le parti n'est pas seulement divisé en deux parts à peu près égales sur le leadership de M. Mulcair. Il l'est tout autant sur l'une des plus importantes questions politiques de l'heure.

Divisé sur le pétrole

Le congrès a adopté - aux fins de discussions dans les associations de circonscriptions - un manifeste appelé « un bond vers l'avant ». Ce manifeste prévoit, entre autres, la fin des accords commerciaux et l'arrêt de tout projet d'infrastructures qui exigent d'accélérer l'extraction des ressources.

Dans les faits, cela signifie la fin des projets de gazoducs et d'oléoducs. Sauf qu'à partir d'aujourd'hui, la néo-démocrate la plus en vue au pays - et de très loin - va devenir la première ministre de l'Alberta, Rachel Notley.

Mme Notley a pris la parole devant les délégués, samedi après-midi, pour rappeler que les électeurs qui l'avaient élue, il y a moins d'un an, sont souvent des travailleurs de l'industrie pétrolière et qu'ils ont besoin de pipelines pour acheminer le pétrole qu'ils produisent vers les marchés internationaux.

D'un côté, on a un manifeste qui ne dédaignerait pas de laisser le pétrole dans le sol. De l'autre, une première ministre dûment élue qui croit que construire des pipelines peut se conjuguer avec la lutte contre les changements climatiques. Il est inévitable que ce débat soit au centre de la future course au leadership du NPD.

Dans un débat aussi fondamental, il y a peu de possibilités de compromis et il y a surtout une crise identitaire pour le NPD, écartelé entre ceux qui veulent être un parti capable de prendre le pouvoir et ceux qui préfèrent être la conscience de gauche du Parlement canadien.

La place du Québec

Dans ce débat et cette course à la direction, il faudra aussi voir quelle est la place qui restera au Québec dans le parti, là où les racines du NPD ne sont pas encore très profondes.

Thomas Mulcair a été élu dans une élection partielle dans Outremont, il y a huit ans et demi. Il n'est pas du tout certain que le NPD puisse conserver ce siège si M. Mulcair devait décider de quitter les Communes. Mais la même chose est tout aussi vraie pour les 15 autres membres de son caucus québécois.

La plupart d'entre eux avaient été élus avec la vague orange de Jack Layton, mais il est impossible d'ignorer le travail de terrain et d'organisation que M. Mulcair avait effectué au Québec pour préparer le terrain.

De toute façon, avant l'élection de Thomas Mulcair comme député du NPD, en septembre 2007, le Québec n'avait jamais été un véritable enjeu pour le parti, malgré de beaux discours et une préoccupation parfois sincère de montrer aux sociaux-démocrates du Québec qu'ils pourraient avoir une place dans un parti fédéral.

Que restera-t-il de tout cela quand le nouveau chef du NPD sera choisi dans deux ans? Chose certaine, le successeur de Thomas Mulcair devra à la fois refaire l'unité du parti et essayer de maintenir ses acquis, avant même de pouvoir penser à ravir le pouvoir à Justin Trudeau.

Plus d'articles

Commentaires