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Tiers pays sûrs : Ottawa n’écarte pas une modification de l'entente

Des discussions ont cours avec les États-Unis sur l'Entente sur les tiers pays sûrs pour faire face à l'afflux de demandeurs d'asile à la frontière canado-américaine, a dévoilé le ministre canadien de la Sécurité publique, Ralph Goodale.

Le département américain de la Sécurité intérieure affirmait plus tôt qu'il examinait une proposition visant à modifier le pacte frontalier.

M. Goodale indique qu’il s’agit de discussions  « très préliminaires », précisant que le gouvernement n'a pas entamé de pourparlers officiels avec l'administration Trump.

En réponse aux médias qui rapportaient cette semaine la volonté d’Ottawa de réviser l'entente pour qu'elle s'applique à toute la frontière et non seulement aux postes frontaliers, M. Goodale dit croire que cette option n'est pas dans l'intérêt du Canada, puisqu'elle pourrait augmenter l'insécurité à la frontière.

Le sujet a donné lieu mardi à la Chambre des communes à un échange entre la porte-parole du NPD en matière d’Affaires étrangères, Hélène Laverdière, et le premier ministre Justin Trudeau.

Vantant l’Entente sur les tiers pays sûrs, Justin Trudeau a rappelé qu’elle était « fondée sur un principe reconnu par l’Agence des Nations unies pour les réfugiés, qui dicte que les gens peuvent faire leur demande d’asile dans le premier pays sûr où ils arrivent ».

En vigueur depuis décembre 2004, l'Entente sur les tiers pays sûrs stipule que le Canada et les États-Unis se reconnaissent mutuellement comme un pays sûr pour protéger les demandeurs d'asile.

Théoriquement, lorsque des demandeurs d'asile se présentent à un poste-frontière, les autorités canadiennes peuvent refuser de les laisser entrer au pays parce qu'ils ont demandé l'asile en premier aux États-Unis. C'est pour cette raison que certains demandeurs d'asile choisissent d'entrer au Canada de façon irrégulière.

L'opposition à Ottawa, qui demande depuis longtemps au gouvernement libéral de combler ce vide dans l'entente, estime que ces discussions arrivent « trop tard ». Les conservateurs exigent que les libéraux agissent pour mettre fin aux passages frontaliers irréguliers.

L’entente est également critiquée par d'autres intervenants, qui ne considèrent pas les États-Unis comme un pays sûr pour les gens qui fuient la persécution. L’entente fait l'objet d'une contestation judiciaire en Cour fédérale. Le Conseil canadien pour les réfugiés, Amnistie internationale et le Conseil canadien des églises et une femme, identifiée seulement comme « E », demandent l’invalidation de cette entente.

L'an dernier, la majorité des demandeurs d'asile qui ont franchi la frontière canado-américaine de façon irrégulière étaient d'origine haïtienne. Plusieurs d’entre eux expliquent ce mouvement par la décision de l'administration Trump d'abolir le statut de protection temporaire qui permettait aux Haïtiens sans statut de rester aux États-Unis.

Et depuis le début de l’année, la majorité des demandeurs d'asile entrés au pays de façon irrégulière sont des Nigérians ayant récemment obtenu des visas de voyage américains.

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