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Trans Mountain : la décision doit revenir aux Autochtones, estime l'APN

Si certaines communautés autochtones tiennent à ce que l'oléoduc Trans Mountain de Kinder Morgan passant par leurs terres puisse voir sa capacité tripler et que d'autres ne veulent rien savoir du projet, il existe un consensus au sein des Premières Nations du pays : elles doivent avoir le dernier mot sur ce qui se passe chez elles.

Un texte de Bernard Barbeau

« Les membres des Premières Nations ont le droit de prendre les décisions qui affectent leurs vies et leurs terres », réitère le chef national de l’Assemblée des Premières Nations (APN), Perry Bellegarde, dans une déclaration écrite transmise à Espaces autochtones.

Mais dans le cas présent, les Premières Nations sont exclues des discussions, déplore-t-il, alors qu’elles devraient pourtant être au cœur du processus décisionnel. « Voilà ce qui respecterait nos droits reconnus par la Constitution du pays, mais aussi sur la scène internationale, en vertu de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. »

Celle-ci repose entre autres sur le principe du « consentement libre, préalable et éclairé » que doivent donner les Autochtones à toute mesure qui les concerne.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard, rappelle lui aussi dans un communiqué que « le gouvernement du Canada s’est engagé à mettre en œuvre les principes de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones [ainsi qu’à lutter] contre les changements climatiques. »

M. Picard dit comprendre « la frustration et l’élan d’exaspération des Premières Nations qui exigent que ce projet soit abandonné une fois pour toutes ».

« Il n’est pas trop tard pour nous écouter, dit M. Bellegarde. Une telle approche serait à l’avantage de toutes les parties et mènerait à de meilleures décisions et de meilleurs résultats. »

« Nous serons solidaires »

Quelque 150 Premières Nations au Canada et aux États-Unis ont signé dans la dernière année un traité d’alliance contre les projets d’expansion liés aux sables bitumineux comme celui dont il est maintenant question. Et ce nombre continue d'augmenter.

« Si Ottawa s’entête à appuyer le projet malgré la vive opposition de nombreuses Premières Nations dont les territoires sont touchés par l’expansion de cet oléoduc […], tous les signataires du traité seront solidaires », assure le grand chef du Conseil mohawk de Kanesatake, Serge Simon.

La semaine dernière, Serge Simon a signé avec Stewart Phillip, grand chef de la Nation Okanagan et président de l’Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique, une lettre avertissant le premier ministre Justin Trudeau de ne pas chercher à imposer l'expansion du pipeline Trans Mountain, qui parcourt plusieurs régions de l'Alberta et de la Colombie-Britannique depuis les années 1950, sans quoi il pourrait provoquer une nouvelle crise d'Oka.

« Le pipeline Trans Mountain ne sera jamais construit », a de plus affirmé M. Philip, lundi.

L’APNQL rappelle par ailleurs qu’elle a adopté l’automne dernier une résolution exigeant le retrait du Mouvement Desjardins du prêt de 145 millions de dollars consenti à Kinder Morgan pour la réalisation du projet.

Tribunaux sollicités

Plusieurs groupes autochtones contestent en Cour d’appel fédérale l'approbation du projet donné en 2016 par l’Office national de l'énergie (ONE) et le gouvernement Trudeau.

Elles sont prêtes à s’adresser ensuite à la Cour suprême du Canada s’il le faut.

Mais d’autres envisagent au contraire de poursuivre le gouvernement de la Colombie-Britannique, farouchement opposé à l'expansion, pour que celle-ci puisse se faire.

Par exemple, la réserve Whispering Pines-Clinton, située près de Kamloops, est impatiente de voir arriver les pelles mécaniques et les revenus de 300 000 $ par année qui en découleront sous forme de taxes et d’impôts.

« Mon administration a prévu le développement de la communauté en fonction des revenus que le projet promettait », explique en entrevue à Radio-Canada le chef Michael LeBourdais.

« Nous avons établi le nombre d'enfants que nous pourrons scolariser et d'aînés à qui nous pourrons offrir une retraite méritée », illustre-t-il.

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