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Transferts en santé : Ottawa campe sur ses positions, les provinces aussi

À quelques heures d'une rencontre avec leur homologue fédérale, les ministres de la Santé des provinces et des territoires font front commun pour demander à Ottawa de leur transférer plus d'argent pour les soins de santé. Mais la ministre fédérale, Jane Philpott, fait preuve d'une aussi grande détermination pour limiter la hausse des transferts.

Déjà réunis à Toronto en prévision de la conférence fédérale-provinciale qui se tiendra mardi, les ministres des provinces et territoires ont montré un front uni lundi après-midi. Pour faire face aux défis auxquels est confronté le système de santé, il faut augmenter les transferts fédéraux, a plaidé le ministre de la Santé de l'Ontario, Eric Hoskins, qui préside la conférence.

« Nous sommes tous d'accord », a-t-il souligné après leurs discussions, réclamant un engagement à long terme du fédéral.

Le mandat que leur ont donné leurs premiers ministres respectifs, a indiqué le ministre Hoskins, est de « négocier une augmentation immédiate » des transferts fédéraux en santé.

Les provinces réclament une augmentation de 6 % sans conditions, une proportion équivalente à l'entente fédérale-provinciale actuelle, qui viendra à échéance cette année.

Le gouvernement Trudeau veut pour sa part limiter la hausse annuelle des transferts à 3 %. Lorsqu'ils étaient au pouvoir, les conservateurs de Stephen Harper entendaient limiter la hausse à l'augmentation annuelle du PIB dès 2017, avec un minimum garanti de 3 %.

Un « coup dur » pour le système de santé

Le ministre Hoskins n'a pas hésité à qualifier la position du gouvernement Trudeau de « coup très dur » porté aux gouvernements provinciaux et à leur capacité à financer le système de santé. Ce que propose Ottawa représente une baisse de 1 milliard de dollars pour la prochaine année seulement, a-t-il dit.

Les dépenses en santé ne sont assumées qu'à 20 % par le fédéral et cette proportion diminue, a-t-il fait valoir.

À ses côtés, son homologue québécois, Gaétan Barrette, a affirmé que les provinces ne disposaient pas d'une marge de manoeuvre, contrairement à Ottawa. « Si rien ne change, le gouvernement fédéral va annoncer bientôt la réduction à moyen terme des services à la population », a soutenu le ministre, qui multiplie les sorties publiques contre Ottawa depuis des semaines.

Selon lui, le gouvernement fédéral ne peut pas se défiler alors que la population vieillit et que deux défis majeurs se posent au réseau : développer les services de maintien à domicile et assurer de meilleurs soins en santé mentale.

Interrogé sur le fait que, depuis un an, la ministre Philpott n'a pas réussi à discuter avec les provinces sur la façon de dépenser l'argent, le ministre Barrette a déclaré que de telles discussions étaient prématurées.

« Ça ne sert absolument à rien d'avoir des discussions sur l'après de quelque chose qui n'existe pas, a-t-il répondu. Avant de discuter de conditions, il faut avoir une discussion sur les montants sur lesquels il doit y avoir une discussion. »

Il y a quelques semaines, il a indiqué qu'il refuserait l'argent d'Ottawa s'il était assorti de conditions.

Ce n'est pas qu'une question d'argent, plaide la ministre Philpott

Mais pour Ottawa, l'efficacité du système de santé ne se résume pas à une question monétaire.

« Le travail que nous devons faire pour les Canadiens ne consiste pas à dépenser plus d'argent. Il faut transformer le système », a plaidé la ministre lors d'un point de presse au sortir d'une rencontre avec des intervenants du milieu de la santé.

Si Ottawa délie davantage les cordons de sa bourse, les provinces devront rendre des comptes, laisse-t-elle entendre. Les sommes devraient être dédiées à des pans précis, comme la santé mentale, les soins à domicile ou l'assurance médicaments.

« Nous pouvons faire mieux avec l'argent que nous dépensons et nous en avons la responsabilité », a-t-elle martelé devant les journalistes.

Citant une étude du Fonds du Commonwealth, elle a affirmé que le Canada était à la traîne pour plusieurs indicateurs reliés à l'accès aux soins de santé.

Plaidant pour une collaboration, elle s'est dite prête à écouter les préoccupations de ses homologues.

Si ses discussions officielles avec les provinces se déroulent mardi, la ministre soupera avec eux lundi soir.

Le temps presse, dit Québec

Plus tôt lundi, les ministres des Finances se sont joints à la rencontre de leurs collègues de la Santé. Le ministre québécois Carlos Leitao a soutenu que le temps pressait. La province s'apprête à jeter les bases de son prochain budget, attendu au printemps, et doit savoir à quoi s'en tenir, a-t-il averti.

Le niveau actuel de services de santé ne pourra pas être maintenu avec une augmentation de seulement 3 % des transferts, a-t-il soutenu.

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