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Travailler à la GRC? Mieux vaut parler anglais

EXCLUSIF - Au sein de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), plus de 16 000 postes exigent une maîtrise essentielle de l'anglais. Qu'en est-il des postes qui sont essentiellement en français? Il n'y en a que 19. C'est ce que révèle un rapport du commissaire aux langues officielles, dont Radio-Canada a obtenu copie.

Dans ce rapport, finalisé en septembre, le commissaire aux langues officielles Graham Fraser statue que la GRC n’a pas respecté ses obligations en matière de langues officielles en ce qui a trait aux possibilités d’avancement de ses agents.

Le commissaire s’est penché sur une plainte formulée par un ex-agent de la GRC.

En 2009, Éric Frémy, qui a démissionné depuis les faits, a reçu sa première affectation à Surrey, près de Vancouver.

Ce premier passage sur le terrain, qui suit la formation à l’école de la GRC à Regina, est essentiel pour devenir un policier à part entière.

Son problème? Il était unilingue francophone dans une ville où le français ne fait pas partie des dix langues les plus parlées.

La maîtrise de l’anglais est donc nécessaire pour y travailler, et, à plusieurs reprises, Éric Frémy a été écarté du terrain pour suivre des formations linguistiques.

Je suis forcément défavorisé. Déjà, de base, parce que j’ai perdu une grande partie de ce que j’ai eu comme formation technique et pratique au niveau policier.

Éric Frémy, ancien agent de la GRC

La Loi sur les langues officielles exige des organisations comme la GRC qu’elles offrent des chances égales d’avancement. Dans son rapport, le commissaire Graham Fraser conclut que le corps de police n’a pas respecté cet engagement.

Le plaignant, tout comme le commissaire aux langues officielles, reconnaît que la GRC a fait des efforts pour lui permettre d'apprendre l'anglais.

La GRC a également mis en place une formation accélérée en anglais de treize semaines qui suit le passage à l’école à Regina.

Une réalité particulière

Si la maîtrise de l’anglais est bien souvent essentielle pour les agents de la GRC, c’est que la quasi-totalité des postes au sein du corps policier exige la maîtrise de cette langue.

La Gendarmerie a fourni sa liste d’exigences linguistiques au commissaire dans le cadre de son rapport.

Le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, le reconnaît : la GRC a une réalité particulière.

Avec l’existence d’une police provinciale au Québec, la GRC est beaucoup plus présente dans les provinces anglophones.

C’est une autre partie de l’asymétrie canadienne. On a des institutions fédérales qui jouent un rôle différent au Québec qu’ils jouent dans d’autres parties du pays.

Graham Fraser, commissaire aux langues officielles

Malgré la présence de la Sûreté du Québec et donc l’absence de services dans les petites communautés, la GRC dispose d’environ 1000 membres au Québec.

Les problèmes liés aux questions linguistiques sont entre autres soulevés dans un recours collectif qui a été intenté par l’Association des membres de la police montée du Québec.

Lorsqu’on grandit à Chicoutimi ou à Rimouski, ce n’est pas nécessairement les contacts avec les gens de l’autre langue officielle qui vont faire qu’on se développe les aptitudes d’apprentissage de l’autre langue.

Paul Dupuis, agent retraité de la GRC

Malgré deux demandes d’entrevues, la GRC n’a pas répondu à nos questions.

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