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Traverser la frontière n'offre pas de billet gratuit pour le Canada, insiste Ottawa

Dans le but avoué d'envoyer le message au monde que le Canada n'est pas un eldorado pour les migrants, le ministre fédéral de l'Immigration a annoncé vendredi que les dossiers de demandeurs d'asile qui entrent de façon irrégulière au Canada seront finalisés plus rapidement, ce qui devrait accélérer les expulsions de ceux dont la demande sera jugée illégitime.

De passage à Montréal, Ahmed Hussen a expliqué qu’actuellement, les demandeurs d’asile attendent plusieurs mois avant que leur demande de statut de réfugié ne soit traitée.

Afin de composer avec l’important arriéré de dossiers à traiter, la Commission de l'immigration et du statut de réfugié est en train d'embaucher 64 employés qui seront affectés au traitement des demandes d'immigration irrégulières, a-t-il expliqué.

La commission estime que le personnel supplémentaire lui permettra de traiter 17 000 autres demandes d'asile d'ici le 31 mars 2020.

Le ministre Hussen espère que cela enverra un message au monde que le fait de traverser la frontière n'offre pas de billet gratuit pour le Canada, que les réclamations seront entendues rapidement et que les personnes dont la demande sera jugée illégitime seront expulsées du pays.

Grâce à ces embauches, le délai serait maintenant de 12 mois pour traiter les demandes d'asile, a précisé le ministre.

Actuellement, les délais prévus sont de deux mois, mais dans la réalité, on parle d’environ 20 mois, selon l'avocat en droit de l'immigration Stéphane Handfield, qui ajoute que cela peut prendre de 5 à 7 ans s’il y a appel de la décision.

L’Entente sur les tiers pays sûrs restera en place

Pendant ce temps, l’Entente sur les tiers pays sûrs, qui ne permet pas aux autorités canadiennes de refuser l’entrée au pays à un demandeur d’asile qui traverse la frontière de manière irrégulière en provenance des États-Unis, demeure inchangée.

Le gouvernement avait avancé, le 1er mai, que des modifications à l’entente pourraient bientôt survenir.

Mais vendredi, le ministre Hussen a dit qu'il était toujours en pourparlers avec les autorités américaines pour trouver une solution à ce sujet et qu’aucune négociation formelle n’était entamée.

« Ce serait complètement irresponsable de suspendre l’entente, a-t-il affirmé, car elle est très bonne pour le Canada. Si nous la suspendons, nous aurons encore plus de demandeurs d'asile. Mais l’entente doit être mise à jour, parce qu'elle n'est appliquée qu’aux postes frontaliers. »

Un feuillet et des bénévoles

Par ailleurs, on apprenait jeudi que l’organisme américain Plattsburgh Cares, qui vient en aide aux réfugiés, encourage les demandeurs d'asile qui se trouvent aux États-Unis à traverser la frontière en empruntant le chemin Roxham.

L’organisme distribue un feuillet d'une page qui détaille la marche à suivre pour ceux qui souhaitent se rendre au Canada de façon irrégulière.

Le ministre Hussen a expliqué que son gouvernement est depuis entré en contact avec l’organisme. « Nous leur avons dit qu'ils offrent de l’information incomplète et potentiellement erronée, a-t-il précisé. Ils n'expliquent pas tout le système de demande d’asile, ce qui peut être potentiellement trompeur. »

Radio-Canada s’est entretenu, vendredi, avec une porte-parole de l’organisme, Janet McFetridge, sur le chemin Roxham.

L’enseignante à la retraite a raconté s'y présenter tous les jours ou presque depuis le mois d’octobre.

Elle offre aux gens qui s’apprêtent à traverser la frontière de façon irrégulière des gants et des tuques, par exemple, ainsi que des cahiers à colorier pour les enfants.

« Il s’agit de dons de gens du coin ainsi que d’un peu partout aux États-Unis, dit-elle. Les gens m’envoient des boîtes remplies de choses qui pourraient être utiles aux demandeurs d’asile. »

Son intention est simplement de venir en aide à des gens dans le besoin, explique-t-elle.

« Je sais que beaucoup d’entre eux atterrissent aux États-Unis et se présentent directement ici pour traverser au Canada. C’est leur choix. Je tente de demeurer sans jugement à propos de ce qui se passe. Je n’ai jamais été dans cette situation, je n’ai aucune idée de ce que c’est. Ça m’a l’air assez effrayant comme situation. »

Avec les informations de Catherine Kovacs

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