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Trois ex-ministres conservateurs brisent le silence

Ils ont été pendant des années des têtes d'affiche du gouvernement de Stephen Harper. Trois ministres qui ont marché au pas de la discipline imposée par le chef et son équipe. Pour la première fois depuis la défaite électorale, ils brisent le silence sur les 10 ans passés au pouvoir. Leurs regrets, les erreurs de campagne, et ce que le Parti conservateur doit faire pour reconquérir les Canadiens.

Un texte de Tamara Alteresco

Après 10 ans de service public, et de grandes responsabilités au Conseil des ministres, Christian Paradis a quitté de son propre chef la politique. Il est parti sans amertume, mais non sans regret.

« J'aurais dû me battre et insister pour avoir plus de temps en tête-à-tête avec Stephen Harper, dit-il. Il y avait un filtre. C'était très frustrant, son bureau avait beaucoup, beaucoup, beaucoup de pouvoir. [...] Trop. »

Christian Paradis n'en veut pas à son ancien chef, pour qui il a le plus grand respect, mais il en veut à sa garde rapprochée, pour qui l'image de Stephen Harper devait être préservée en tout temps, parfois au détriment de l'équipe. Une culture qui, selon lui, a nui au développement du parti au Québec.

« Moi, une frustration que j'avais souvent, et je lance l'appel aux prétendants à la chefferie : il faut s'occuper de Montréal. C'est la deuxième plus grande ville au Canada. »

Quant à la discipline exigée au sein des troupes, Christian Paradis affirme qu'elle était nécessaire pour éviter l'implosion. Il donne l'exemple de la nomination controversée du juge Marc Nadon à la Cour suprême, avec laquelle il n'était pas d'accord.

« Comme membre du Barreau du Québec, j'aurais voulu prendre le micro, mais je l'ai pas fait. Est-ce que j'aurais dû? Cela aurait été une distraction. En politique, il faut choisir ses batailles. »

Diplomate de carrière, brillant, éloquent... Voilà comment Chris Alexander était décrit dans les milieux politiques quand il est arrivé au Parlement en 2011. À titre de ministre de l'Immigration, il a fait campagne l'automne dernier dans la tourmente de la crise des réfugiés syriens.

« Je regrette de n'avoir pas annoncé notre initiative par rapport à la crise en Syrie plus tôt, après les photos d'Alan Kurdi sur la plage. »

Chris Alexander affirme aujourd'hui qu'il se battait en coulisse avec les organisateurs de la campagne. « Ce n'était pas une priorité dans la campagne électorale, les réfugiés syriens. »

Chris Alexander, qui a passé six ans en Afghanistan, maintient que la stratégie militaire de Stephen Harper contre le groupe armé État islamique était la bonne. Mais il admet qu'il plaidait depuis 2013 pour que le Canada augmente le nombre de réfugiés syriens, et que, même comme ministre, il ne pouvait pas remporter toutes les batailles.

« Je pense que cela a laissé une impression dangereuse chez les gens qu'on n'était plus le gouvernement accueillant qu'on a été pendant 10 ans, et l'opposition a joué là-dessus. »

Chris Alexander juge aussi que le débat sur le niqab est allé trop loin dans la campagne électorale, au point d'en être mal à l'aise.

Battu lors du dernier scrutin, Chris Alexander a encaissé la défaite et devrait replonger en politique dans un avenir rapproché.

« J'ai fait une croix sur l'analyse et la torture qu'on peut se faire à soi-même après la défaite, maintenant je regarde devant, soutient-il. Je pense à mon parti. Il faut un dialogue. Il faut tisser des liens directs, intègres, de substance avec nos citoyens dans tout le pays et leur livrer plus d'honnêteté et de candeur. »

Un des 99 survivants conservateurs qui forment l'opposition, Tony Clement, réfléchit avant de se lancer dans la course à la direction du Parti conservateur.

Il est clair pour lui que la dernière campagne électorale était avant tout un référendum sur le chef Stephen Harper. « Il était clair, dans la fin de campagne, que la seule question était : c'est Stephen Harper, oui ou non? »

Pour Tony Clement, c'était une erreur d'opter pour une campagne de 10 semaines. Elle aura permis aux conservateurs d'exposer leurs faiblesses, plutôt que leurs forces, comme la gestion de l'économie.

L'image de Stephen Harper qui se promène de ville en ville avec une caisse enregistreuse pour illustrer l'incompétence de ses adversaires en économie était inefficace.

« Je préférais ne pas regarder! dit Tony Clement en riant. Mais qu'est-ce qu'on peut faire? Il faut tourner la page et penser à l'avenir avec un programme qui est mieux pour tous les Canadiens. »

Quatre mois après les élections et moult réflexions, l'ancien président du Conseil du Trésor estime que les réformes du gouvernement Harper n'ont pas servi les plus démunis de la société.

« C'est ridicule que le Parti conservateur n'a pas de politique pour améliorer la pauvreté. Maintenant, c'est seulement un dialogue entre le NPD et les libéraux. »

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