Dans son premier rapport en 2018, la vérificatrice générale dresse un portrait sujet à la critique dans l'établissement des tarifs d'électricité d'Hydro-Québec. Quatre milliards de dollars de plus que nécessaire ont été payés par les Québécois à la société d'État.

Un texte de Mathieu Dion, correspondant parlementaire à Québec

Guylaine Leclerc évalue que les Québécois paient trois fois plus cher l’électricité provenant d’autres sources d’énergie que les grands barrages hydroélectriques.

C’est qu’Hydro-Québec signe des contrats fermes, découlant de décisions gouvernementales, pour de l’approvisionnement d’électricité provenant par exemple d’éoliennes, de la biomasse ou de petites centrales hydroélectriques. Or, le coût de ces contrats demeure intouchable, même si la société d’État n’a pas besoin de cette électricité.

La vérificatrice générale estime que le coût supplémentaire de cette électricité s’établit à plus de 2,5 milliards de dollars de 2009 à 2016, « un montant qui a été récupéré dans les tarifs d’électricité ».

Pour les années 2015 et 2016, le coût supplémentaire était respectivement de 745 et 730 millions de dollars. Puisque des surplus énergétiques sont attendus au cours des dix prochaines années, il est prévu en conséquence, écrit Mme Leclerc, que « la situation observée en 2015 et 2016 […] se prolongera sur plusieurs années ».

Les écarts de rendement confirmés

En 2017, la Coalition avenir Québec avait dénoncé les « trop-perçus » d’Hydro-Québec qui avaient contribué à l’équilibre des finances publiques. La vérificatrice générale a évalué que des écarts de rendement favorables à la société d’État ont effectivement atteint 1,5 milliard de dollars de 2005 à 2017.

Cela signifie que les coûts prévus par Hydro-Québec ont été surévalués pendant toutes ces années, à l’exception de 2006 et 2007. L’année dernière, Québec avait annoncé la fin de cette pratique, tout en précisant que les contribuables ne seraient pas remboursés pour les frais facturés en trop.

La dette sous-évaluée

Un autre audit a permis à la vérificatrice générale de découvrir que son bureau ne chiffre pas les finances publiques de la même façon que le gouvernement depuis 2012-2013, ce qui les mène à évaluer différemment les surplus, les déficits et la dette.

Ainsi, calcule-t-elle, Québec a sous-évalué sa dette et ses déficits de 9,6 milliards de dollars en date de 2017. Le gouvernement a aussi surévalué son surplus de 215 millions.

Pour en arriver à ses chiffres, le gouvernement comptabilise les dépenses au rythme du financement de la dette.

Pensons au Centre Vidéotron. Sa construction a coûté 400 millions, mais Québec ne rembourse qu’un certain montant par année. C’est ce dernier chiffre qui est comptabilisé, et non l’ensemble du projet. Et ainsi de suite pour l’ensemble des subventions faites en immobilisations aux municipalités et aux sociétés de transport notamment, jusqu’à concurrence de 9,6 milliards.

Augmentations salariales accordées au bureau de la VG

En avril dernier, le Secrétariat du Conseil du Trésor a accordé des augmentations salariales pouvant aller jusqu'à 15 % à des employés du bureau du Vérificateur général du Québec.

Après la présentation de son rapport, Guylaine Leclerc a exposé les problèmes de rétention de son personnel, principalement les plus expérimentés, comme les chargés de projet, qui représentent un groupe de 50 employés.

Avec la multiplication de ses mandats, la vérificatrice prétend qu'elle n'a pas besoin que le gouvernement lui permette d'ouvrir plus de postes à l'intérieur de son organisation. Elle cherche plutôt à garder ses professionnels et pourvoir les nombreux postes vacants de son bureau.

« On perdait beaucoup de notre personnel à l'intérieur de ce groupe-là. J'ai des postes vacants amplement. Mon défi est de combler les postes vacants [...] C'est quand même beaucoup 32 postes vacants pour une petite organisation de 260 personnes comme la nôtre. »

Avec la collaboration de Véronique Prince

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