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Trouver un médecin de famille au Québec : toujours aussi difficile

25 % des Québécois n'ont pas de médecin de famille, et le Québec continue d'être la province au pays où il y a le plus de personnes qui s'en cherchent un.

Un texte de Marie-France Abastado  

Cet homme qui souffre d'une maladie chronique de l'intestin n'a toujours pas de médecin de famille plusieurs mois après s'être inscrit à un guichet d'accès à la clientèle orpheline (GACO). Ces guichets ne rempliraient donc pas leur rôle, en tout cas pas de façon équitable. Les chances d'avoir accès à un médecin de famille à travers ces GACO varieraient grandement, selon la région et le profil des patients.

Au total, il y a aujourd'hui plus de 440 000 Québécois qui sont inscrits à ces guichets et qui n'ont toujours pas de médecins de famille. On sait aussi que les régions où les pénuries de médecins étaient les plus importantes en 2009, c'est-à-dire la région de Montréal et la Montérégie, sont encore parmi les régions où ça reste difficile de trouver un médecin. Le professeur en administration de la santé à l'Université de Montréal, Damien Contandriopoulos, dresse un bilan plutôt négatif de ces GACO.

« On a investi beaucoup d'argent dans des incitatifs pour faire en sorte que des médecins prennent les clients via les guichets d'accès. Les guichets d'accès sont un mécanisme qui a pour objectif de faire en sorte que les patients qui cherchent des médecins et les médecins qui cherchent des patients se rencontrent. Mais ça ne fait pas en sorte qu'il y a plus de médecins ou plus de services », précise le professeur Contandriopoulos.

Les GACO fonctionnent quand même pour une partie de la clientèle qui y est inscrite, et certains patients très vulnérables arrivent à se trouver un médecin de famille. Mais ce n'est pas à la hauteur des attentes qu'on avait à l'époque où on a mis ces guichets sur pied, dit la chercheuse Mylaine Breton, professeure adjointe au département de santé communautaire de l'Université de Sherbrooke.

« Au cours de la dernière année, il y a 24 % des patients qui étaient inscrits dans les GACO qui ont réussi à se trouver un médecin de famille. Mais on parle d'un nombre très important de patients qui sont en attente dans les guichets. C'est plus de 445 000 Québécois qui ont fait une démarche pour s'inscrire et, globalement, on réussit à en placer peut-être 125 000 », selon Mylaine Breton.

La sélection des patients

Un des objectifs au moment de la mise sur pied de ces GACO était de s'assurer que les personnes les plus vulnérables puissent, elles, avoir accès rapidement à un médecin de famille. Or, on constate que si les patients souffrent de certains types de maladies, ils risquent de rester plus longtemps sur la liste d'attente de leur GACO. Les médecins peuvent en effet choisir les patients selon le type de maladies, et certaines catégories de patients sont systématiquement laissées pour compte, selon le professeur en administration de la santé de l'Université de Montréal, Damien Contandriopoulos.

« Les médecins touchent de l'argent pour prendre des gens dans les GACO. Les médecins, pas tous, mais de façon générale, sont allés chercher de nouvelles clientèles légères et ont délaissé de façon très systématique les gens vulnérables, et en particulier les gens atteints de problèmes de santé mentale, de toxicomanie, et sur cet aspect-là en particulier, les GACO sont un échec.

C'est précisément pour remédier à cette situation que le projet de loi 20 a été conçu, dit le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette.

« Les quotas, c'est pas fait pour empêcher les médecins de travailler, c'est le contraire. On limite le médecin dans sa volonté de ne prendre que des cas simples, et ça l'oblige à prendre des cas de différentes catégories. Évidemment, ça ne va pas se régler en un mois ou deux mois, c'est pour ça qu'on a laissé une période de grâce de deux ans environ avant l'application de la loi 20 », précise le ministre Barrette.

On compte donc sur la bonne volonté des médecins qui se sont engagés à ce que d'ici fin 2017, 85 % des Québécois aient un médecin de famille, mais, dit Jacques Benoît, coordonnateur de la Coalition Solidarité-Santé, ce n'est pas tout d'être jumelé à un médecin de famille, l'important c'est d'être en mesure de le voir au moment opportun.

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