Retour

Trudeau : entre les principes et les modalités

Justin Trudeau pourrait bien perdre des plumes dans la gestion de sa première crise majeure, soit les attentats de Paris et l'accueil massif de réfugiés syriens au pays. 

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi info

Les chefs politiques qui réussissent ont tous en commun la capacité d'être fermes sur les principes, mais souples sur les modalités. On ne change pas ses grandes orientations parce qu'elles sont fondées sur nos valeurs. Mais les modalités sont toujours discutables et amendables parce qu'elles sont de l'ordre des moyens.

Justin Trudeau a malheureusement donné l'impression inverse : il est intransigeant sur les modalités et semble chercher où sont ses principes.

Sa première (et au moment d'écrire ces lignes, soit mardi matin), sa seule réaction publique aux attentats de Paris, manquait nettement de principes. Bien sûr, il a offert ses condoléances, mais alors que le gouvernement français - notre allié, faut-il le rappeler - disait déjà que l'attentat était le fait du groupe armé État islamique, M. Trudeau se gardait bien de le mentionner ou même de parler d'islamisme radical.

Ce qui conduit à cet entêtement à maintenir coûte que coûte l'engagement électoral de retirer les CF-18 canadiens qui appuient actuellement la coalition internationale contre l'EI. Cela, alors que plusieurs alliés du Canada lui ont fait remarquer que le moment était plutôt mal choisi pour un retrait qui pourrait facilement être vu comme un manque de solidarité envers la coalition.

M. Trudeau ne peut même pas dire quels sont les « autres moyens » avec lesquels le Canada pourrait continuer à appuyer militairement la coalition internationale. On parle vaguement d'envoyer plus de militaires canadiens pour entraîner les soldats kurdes, comme le premier ministre l'a encore fait mardi, mais sans aucun engagement concret et chiffré.

La seule chose qui soit claire, c'est l'engagement de M. Trudeau de retirer les CF-18. Ce qui est une modalité.

Les réfugiés syriens

La même dynamique est en cause dans le dossier de l'accueil de 25 000 réfugiés syriens d'ici Noël. Le principe en cause, c'est l'accueil de réfugiés syriens, qui incarne une valeur canadienne essentielle. Les modalités, c'est le « d'ici Noël ».

Or, actuellement, le gouvernement tient si fort à sa modalité « d'ici Noël », qu'il est en train de saper l'appui des Canadiens à l'une des valeurs de ce pays, soit l'accueil des réfugiés, comme on l'avait fait avec générosité de la Hongrie au Kosovo, en passant par le Vietnam.

Un des éléments essentiels de la réussite de l'accueil de réfugiés est l'appui de la société civile, en particulier l'acceptabilité sociale. Or, les alliés du gouvernement dans la société civile sont en train de dire clairement au gouvernement que le « d'ici Noël » ne passe pas.

Des gouvernements provinciaux, dont le Québec et des maires, comme ceux de Toronto, de Québec et de Montréal, ont expliqué à M. Trudeau que la précipitation risquait de faire échouer tout l'exercice.

Les craintes des citoyens sont légitimes, surtout quand on voit ce qui s'est passé à Paris, où des djihadistes impliqués dans les attaques de la Ville Lumière auraient pu être des réfugiés qui sont passés au travers des mailles du filet de sécurité.

Pour la grande majorité des Canadiens, même si la minorité existe bel et bien, cette crainte n'est pas un moyen de vouloir éviter l'arrivée de réfugiés. C'est tout simplement l'expression d'un principe de précaution élémentaire.

Le discours de M. Coderre - qui est un ami du nouveau gouvernement - est très clair. Dans son langage imagé, il dit tout simplement qu'on « ne gagnera pas de prix si on en accueille 25 000 d'ici Noël ».

« Je ne mise pas (sur leur arrivée d'ici Noël), je mise sur l'objectif du 25 000 », ajoute celui qui a été, dans une vie antérieure, ministre fédéral de l'Immigration.

Pendant ce temps, on chercherait en vain des explications du gouvernement sur la qualité des évaluations sécuritaires qu'effectuera le Canada ou même une tentative de rassurer les citoyens sur les modalités d'une opération d'une telle envergure. Tout ce qu'on entend c'est « d'ici Noël », comme s'il s'agissait d'un mantra.

M. Coderre dit exactement ce que devrait dire le premier ministre et l'ensemble du gouvernement Trudeau : l'objectif, ce n'est pas Noël, c'est l'accueil des réfugiés. Et si ça doit prendre quelques mois de plus, ce n'est pas si grave.

Dans la guerre contre le groupe armé État islamique comme dans l'accueil des réfugiés, le gouvernement Trudeau pourrait bien compromettre ses objectifs en étant inflexible sur les modalités.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un avion s'écrase dans un arbre





Rabais de la semaine