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Trudeau se félicite de la croissance des échanges commerciaux avec la France

Les questions entourant l'accord de libre-échange Canada-Union européenne ont dominé la première rencontre bilatérale entre le premier ministre canadien Justin Trudeau et le président français Emmanuel Macron, lundi, à l'Élysée.

Un texte de François Messier

M. Trudeau a plaidé que l'Accord économique et commercial global (AECG), entré en vigueur de manière provisoire en septembre dernier, concrétise un « partenariat économique renforcé » avec la France, qui procure d'ores et déjà des avantages des deux côtés de l'Atlantique.

Les importations françaises au Canada ont augmenté de 4 % en 2017, tandis que les investissements canadiens en France ont crû de 23 %, a souligné le premier ministre. « On voit déjà les résultats et on continue d'en voir chaque semaine, partout en France, partout au Canada, partout à travers l'Europe », a-t-il fait valoir.

« Il s’agit d’un accord moderne, qui reflète un agenda progressiste, prévoyant entre autres des dispositions sur les droits des travailleurs, la protection de l'environnement, l’investissement responsable, la sécurité alimentaire, la protection des consommateurs et la gestion des ressources naturelles », a dit M. Trudeau.

Ce développement inquiète cependant les producteurs de fromage du Canada, et particulièrement ceux du Québec.

Interrogé sur les réticences d'une frange de l'opinion publique européenne face à l'accord, M. Trudeau a aussi mis de l'avant que les droits des travailleurs, des femmes et des minorités sont « explicitement protégés » par l'AECG. Il constitue donc, selon lui, un « accord progressiste qui [...] représente un nouveau standard pour tous les accords commerciaux qui pourraient se signer dans l’avenir. »

Le président Macron a souligné pour sa part que les échanges commerciaux entre le Canada et la France ont progressé de 6 % depuis septembre dernier, et qu'ils atteignent maintenant 10 milliards d'euros par année. Toutes les grandes sociétés françaises sont implantées au Canada, a-t-il dit, alors que 250 entreprises canadiennes sont présentes en France, où elles emploient 28 000 personnes.

Le Canada et la France, a-t-il ajouté, ont réussi à « clarifier tout ce qui devait l’être, permettre de mettre en place un système de suivi qui lève les doutes qui avaient pu, à un moment, exister ». Cela « va non seulement nous permettre de mettre en œuvre ce traité commercial, mais de le faire dans des conditions qui correspondent à nos valeurs, nos préférences collectives et nos engagements en matière climatique. »

Bien qu'il soit appliqué de manière provisoire depuis le 21 septembre, l'AECG ne deviendra définitif qu'une fois voté par les 43 assemblées nationales (et régionales dans le cas de la Belgique) de l'UE.

Des remerciements pour l'engagement au Mali et l'appui aux frappes en Syrie

Le président Macron a aussi profité de l'occasion pour remercier le Canada de son engagement annoncé au Mali. Ce « geste très fort [...] est apprécié », a-t-il noté. Il a aussi remercié le Canada d'avoir appuyé les frappes en Syrie menées en fin de semaine par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni.

MM. Trudeau et Macron se reverront à l'occasion du prochain sommet du G7, qui aura lieu à Charlevoix, en juin. Le président français a fait savoir que son pays appuiera les initiatives canadiennes prises pour l'occasion. « Nous avons une convergence de vues très forte » avec le Canada, a-t-il souligné.

Notre journaliste parlementaire Philippe-Vincent Foisy a cependant noté que l'entourage de M. Macron n'a pas voulu que les journalistes canadiens interrogent le premier ministre Trudeau sur l'environnement.

En début de journée, Justin Trudeau a rencontré la secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Michaëlle Jean. Dans un communiqué publié peu après, l'OIF a indiqué que M. Trudeau demande le renouvellement du mandat de Mme Jean. Cela doit être décidé lors du prochain Sommet de la Francophonie, qui aura lieu à Erevan, en Arménie, en octobre.

Le premier ministre a aussi rencontré la directrice générale de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), Audrey Azoulay, et des représentants de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

Une convergence de vues

Dans un entretien accordé au préalable au quotidien français Les Échos, M. Trudeau avait mis l'accent sur ses convergences de vue avec le président Macron. « Nous avons tous les deux cherché à rassembler » et « avons mis l'accent sur la croissance pour tous », a-t-il avancé. « Nous sommes totalement alignés sur ces questions, mais aussi [...] sur les changements climatiques » ou « l'ordre international. »

Le quotidien note cependant que Trudeau est vertement critiqué par les écologistes canadiens pour son soutien à l'élargissement de l'oléoduc pétrolier Trans Mountain, entre l'Alberta et le port de Burnaby, en banlieue de Vancouver, dossier pour lequel il a dû brièvement revenir au pays en fin de semaine, contrairement à ce qui était prévu.

« On ne peut pas tout changer dans nos économies du jour au lendemain », s'est défendu M. Trudeau, tout en assurant que le Canada « va atteindre les cibles de l'Accord de Paris sur le climat », et instaurera une tarification sur le carbone à partir du 1er janvier 2019.

Le premier ministre canadien a poursuivi son séjour en France en s'adressant lundi après-midi aux étudiants de la prestigieuse école de Sciences Po, à Paris.

Mardi, il discutera avec le premier ministre français Édouard Philippe et les présidents du Sénat et de l'Assemblée nationale, Gérard Larcher et François de Rugy, avant de prononcer un discours devant l'Assemblée nationale française. Il s'agira d'une première pour un premier ministre canadien.

M. Trudeau doit profiter de cette allocution pour parler « de l'engagement de notre pays en faveur du commerce progressiste, de l'égalité des sexes, de la sécurité internationale et de la démocratie, en plus de souligner les valeurs importantes que nous partageons avec la France et l'Europe », indique son Cabinet dans un communiqué.

Le premier ministre canadien doit ensuite se rendre à Londres, du 17 au 20 avril, pour des entretiens avec son homologue britannique Theresa May et la reine Élisabeth II. Il doit aussi participer à la réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth.

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