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Trudeau tente de clarifier ses propos sur les PME

Le chef du Parti libéral a offert un début d'explications, jeudi, à des propos sur les petites et moyennes entreprises (PME) qui lui ont valu des critiques de ses adversaires conservateur et néo-démocrate.

En point de presse à Vancouver, Justin Trudeau a rappelé la promesse libérale de réduire le taux d'imposition des PME de 11 % à 9 %, précisant qu'il faudrait « nous assurer également que c'est en train d'aider les gens qui ont réellement besoin de cette aide ».

Dans une entrevue diffusée mardi soir à CBC, M. Trudeau affirmait « qu'une proportion importante des petites entreprises ne sont, en fait, pour des Canadiens plus riches, qu'un moyen de payer moins d'impôts ».

Dans sa réponse en français, le chef libéral a évoqué des études de Jack Mintz, ex-président de l'institut C.D. Howe, et du Centre canadien de politiques alternatives qui justifieraient cette prudence.

Une étude de M. Mintz, publiée en 2011, indique que l'allègement du fardeau fiscal peut freiner la croissance des PME en les poussant plutôt à se scinder en plus petites unités, moins efficaces, pour économiser de l'impôt. La baisse du taux d'imposition « pourrait encourager certaines personnes à créer de petites entreprises pour réduire leur fardeau fiscal personnel plutôt que de faire croître des compagnies ».

L'étude propose notamment comme solutions d'établir un plafond pour le montant admissible aux réductions d'impôt pour toutes les entreprises ou de réduire l'impôt sur les gains en capital.

Une autre étude citée par La Presse Canadienne, celle-là coréalisée par Michael Wolfson, ancien chef statisticien adjoint du Canada, indique que de 2001 à 2011, environ 80 % des contribuables faisant partie du 0,01 % des Canadiens aux revenus les plus élevés détenaient au moins 10 % des parts dans une entreprise de propriété canadienne. Par opposition, moins de 5 % des Canadiens appartenant à la moitié inférieure de l'échelle des revenus pouvaient dire la même chose.

« C'est pourquoi je suis quelque peu consterné de constater que le NPD et les conservateurs n'expriment pas la même préoccupation que moi pour que nous nous assurions que cette mesure maximise le soutien aux PME », a ajouté Justin Trudeau, en anglais.

Toutefois, toujours selon Michael Wolfson, environ 70 % des PME sont la propriété de gens appartenant à la tranche des 90 % des Canadiens aux revenus les plus bas. « Un nombre disproportionné [des PME] est la propriété du 1 % le plus riche et du 0,01 % le plus riche. Comme pour la plupart des choses, il est nécessaire d'apporter des nuances », précise M. Wolfson, cité par La Presse Canadienne.

C'est plutôt la définition de « proportion importante » des PME qu'il faudrait clarifier. « Si vous dites que c'est plus de 50 %, je ne pense pas [que ce soit ça], ajoute M. Wolfson. Si vous dites que ce devrait être zéro [...] et qu'en fait c'est 5 % à 10 %, alors cela pourrait sembler élevé. Cela dépend de votre cadre de référence. »

De son côté, le chef du Parti conservateur, Stephen Harper, a continué de s'indigner des propos de M. Trudeau. « De dire que ces gens sont des riches qui évitent des taxes et des impôts, c'est incroyable, ce n'est pas juste », a lancé M. Harper.

« La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante dit que 50 % de tels propriétaires gagnent des revenus de moins de 50 000 $ par année, a-t-il répliqué. Quand on parle des propriétaires comme ça, on parle des agriculteurs, des pêcheurs, des personnes comme des artistes graphiques, [...] des travailleurs autonomes. »

« Pour notre parti, on ne veut pas une guerre de taxes contre les propriétaires des petites et moyennes entreprises, on veut un gouvernement qui est solidaire de ce secteur, qui est le moteur de l'économie canadienne », a conclu le chef conservateur.

Mercredi, le Nouveau Parti démocratique a réclamé des excuses de Justin Trudeau aux entrepreneurs concernés « pour les avoir dénigrés si gratuitement ».

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