Non, ce n'est pas après avoir parlé à Justin Trudeau ou à Enrique Peña Nieto que Donald Trump a décidé de ne pas engager le processus de retrait de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi info

Selon le Washington Post, c'est plutôt le secrétaire à l'Agriculture, Sonny Perdue, qui a retenu l'attention du président en lui montrant une carte des États-Unis prouvant que certaines des régions agricoles et industrielles les plus touchées par un retrait de l'ALENA avaient voté Trump.

De cet incident, on peut tirer un certain nombre de conclusions, 100 jours après l'arrivée au pouvoir de Donald Trump.

D'abord, et cela n'étonnera personne, le président est totalement imprévisible. Il croit à un certain nombre de principes - dont le fait que les accords de libre-échange ne sont pas à l'avantage des États-Unis - et il peut agir sans avertissement, guidé simplement par ses opinions, qu'elles soient fondées dans la réalité ou pas.

Après une semaine durant laquelle il a entendu des fermiers et des producteurs de bois d'oeuvre américains se plaindre du Canada, il était prêt à mettre fin à l'ALENA en se fiant uniquement à ses instincts.

Préserver sa base électorale

L'autre conclusion que l'on doit tirer, c'est que la préservation de sa base électorale passe avant tout. Avant les arguments du premier ministre du Canada ou du président du Mexique. Ou ceux des chambres de commerce ou dirigeants d'entreprises qui l'imploraient de ne pas jeter l'ALENA par-dessus bord. C'est la carte électorale qui l'a convaincu.

Ce n'est pas pour rien que M. Trump est allé célébrer ses 100 jours au pouvoir par un grand discours devant le lobby des armes à feu, la National Rifle Association, et ensuite devant ses partisans en Pennsylvanie, un État qu'il a remporté de justesse en novembre.

Les sondages montrent que M. Trump est le président le plus impopulaire de l'ère moderne après 100 jours au pouvoir. Mais ils montrent aussi que sa base électorale, qui oscille autour de 40 %, est intacte. À partir d'une telle base solide, une réélection n'est pas impossible - s'il réussit à la garder, bien entendu.

Principes et modalités

Il y a une autre conclusion que l'on peut déjà tirer : M. Trump est capable d'être flexible sur les modalités et ferme sur les principes.

Quand on regarde sa campagne électorale, on voit quelques grands principes : restreindre l'immigration, s'opposer au libre-échange au nom de l'« America First » et ce vieux classique républicain de restreindre autant que possible l'intervention de l'État dans l'économie.

Ses nombreux changements d'avis depuis 100 jours touchent, essentiellement, les affaires internationales. En Chine, vis-à-vis de l'OTAN, la Syrie ou la Russie. Dans tous les cas, il est revenu à des positions qui ne sont pas si éloignées des politiques qui faisaient consensus dans les administrations passées, qu'elles soient républicaines ou démocrates.

Pour le Canada, c'est à la fois rassurant et dangereux. Une politique extérieure américaine plus prévisible et plus stable est un grand avantage. Mais l'attitude de l'« America First » et sceptique quant aux accords commerciaux multilatéraux ne s'en ira pas.

Pour préserver l'ALENA et l'accès au marché américain, les faits n'auront pas nécessairement plus de poids que ce qui pourrait affecter la base électorale de M. Trump.

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