La compagnie Uber revient à la charge avec un nouveau projet pilote pour rester en affaires au Québec. Dans un document transmis au ministère des Transports, la multinationale propose deux régimes distincts de permis de taxi.

Avec les informations de Sébastien Bovet

Un nouveau permis serait créé, différent de celui de l'industrie traditionnelle du taxi, pour répondre aux exigences du gouvernement, selon la compagnie.

La nouvelle catégorie de permis de taxi se caractériserait par les conditions suivantes :

  • des frais initiaux de 15 $ pour obtenir ce permis;
  • la possibilité de faire du transport de personnes avec un permis de conduire de base (classe 5), à moins de générer des revenus de 10 000 $ sur trois mois;
  • l'abolition de l'examen médical du permis de conduire de classe 4C. En échange, la vérification du dossier de conduite du chauffeur serait exigée;
  • l'absence de formation obligatoire gouvernementale;
  • l'obligation de ne prendre des clients que par l'intermédiaire d'une application mobile;
  • l'interdiction pour le chauffeur de faire monter des clients qui l'auraient hélé dans la rue. Les contrats gouvernementaux, les voies réservées et les aires d'attente seraient réservés aux taxis traditionnels.

Ces conditions s'ajoutent à celles déjà proposées par l'entreprise, c'est-à-dire :

  • 100 000 $ de droits d'opération;
  • des frais de 35 ¢ la course;
  • des frais de 7 ¢ du kilomètre pour financer le fonds d'assurance de la Société de l'assurance automobile du Québec;
  • la perception à la source des taxes de vente.

Uber estime que cette proposition est équitable et qu'elle illustre sa volonté de poursuivre ses activités au Québec.

« Nous croyons sincèrement que la mise en place de ce projet pilote permettra une cohabitation harmonieuse entre les deux modèles de transport, et ce, au plus grand bénéfice de tous les citoyens du Québec », est-il écrit dans le document.

Du pareil au même pour Chevrette

« C'est dérisoire offrir 15 $ pour un permis quand on en paie 200  000 $ », déplore le négociateur du Comité provincial de concertation et de développement de l'industrie du taxi, Guy Chevrette. « Ça n'a ni queue ni tête. C'est irrespectueux pour les gens qui ont investi, qui ont hypothéqué leur maison pour s'acheter un droit de travail. »

Il poursuit en affirmant qu'à San Francisco, où Uber a obtenu la mise en place d'un système similaire au projet pilote qu'il propose maintenant, « la plus grosse compagnie de taxi [...] a fait faillite ».

« On veut être constructifs avec le gouvernement, mais on est tannés de se faire voler par Uber », poursuit-il.

M. Chevrette craint que la situation dégénère si le gouvernement tarde à légiférer. Il soutient avoir tempéré les ardeurs des chauffeurs de taxi les plus fougueux, qui souhaitaient bloquer les ponts de Montréal pour se faire entendre, mais il rappelle que la colère gronde en coulisse. Certains chauffeurs accusent les membres de la direction du comité provincial d'être « trop mous » et menacent de passer à l'action.

Daoust promet d'étudier la proposition

À son arrivée au conseil des ministres vendredi matin, le ministre des Transports, Jacques Daoust, a déclaré n'avoir pas encore eu le temps de prendre connaissance de la proposition d'Uber.

Il a cependant affirmé son intention de le faire dès aujourd'hui.

Il y a trois semaines, le ministre Daoust a déposé le projet de loi 100, qui exige d'Uber que ses chauffeurs détiennent un permis de taxi et un permis de conduire de chauffeur de taxi (classe 4C).

La multinationale estime que cette proposition détruit son modèle d'affaires basé sur l'utilisation des véhicules de particuliers pour faire du transport de personnes sur une base ponctuelle.

Le ministre Daoust avait invité Uber à faire preuve de flexibilité en présentant un projet pilote qui respecte le cadre réglementaire actuel.

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