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Un débat des chefs animé et contrasté sur l'économie

Stephen Harper, Thomas Mulcair et Justin Trudeau ont présenté des visions divergentes de l'économie canadienne lors du second débat des chefs de cette campagne électorale fédérale, organisé par le Globe and Mail, jeudi soir, à Calgary. Si les trois principaux aspirants au poste de premier ministre du Canada veulent favoriser la croissance économique et la création d'emplois, ils ne s'entendent pas sur les moyens pour y arriver.

Un texte de Bruno Maltais et Marc-Antoine Ménard

Selon le chef du Parti conservateur, dans un contexte économique international instable, le Canada doit continuer de miser sur un faible taux d'imposition et sur l'équilibre budgétaire. Stephen Harper a affirmé que son parti favorisait l'emploi en misant sur la formation de la main-d'oeuvre pour pourvoir les emplois disponibles, en orientant la politique d'immigration en ce sens, en encourageant l'innovation dans le secteur manufacturier et en ouvrant le Canada aux marchés internationaux.

Pour le chef du Parti libéral, il est temps d'investir dans l'avenir du pays, alors que les taux d'intérêt et le ratio dette/PIB sont faibles. Il a accusé le gouvernement Harper d'avoir enregistré des déficits budgétaires tout en délaissant les infrastructures du pays.

« Si ce n'est pas le temps d'investir, quand est-ce que ce le sera? », a lancé Justin Trudeau. « Il est temps d'investir dans notre pays. Les Canadiens le savent. Les seuls qui ne semblent pas le comprendre sont ces deux messieurs [Harper et Mulcair] », a-t-il ajouté.

Le chef du Nouveau Parti démocratique Thomas Mulcair a plutôt soutenu qu'investir au-delà de la capacité de payer des Canadiens est irresponsable, et qu'il ne faut pas laisser des dizaines de milliards de dollars de dette aux générations futures.

Stephen Harper a quant à lui affirmé que Justin Trudeau n'envisageait pas des déficits pour une question de philosophie économique, mais parce qu'il avait fait trop de promesses et que sa volonté d'augmenter les impôts des plus riches ne serait pas suffisante pour payer toutes ses dépenses.

Faut-il imposer plus ou moins les entreprises? Et les particuliers?

Stephen Harper a poursuivi les attaques de son parti contre la promesse du NPD d'augmenter le taux d'imposition des entreprises de 15 % à 17 %. Les conservateurs, s'appuyant sur une étude du professeur Jack Mintz, de l'Université de l'Alberta, affirment qu'une telle mesure entraînera 150 000 pertes d'emplois.

M. Harper a affirmé que les gouvernements du NPD, tant en Ontario dans le passé qu'en Alberta en ce moment, « prétendent toujours pouvoir équilibrer les budgets avec des hausses d'impôt, et cela résulte en des pertes d'emplois ».

Tant Thomas Mulcair que Justin Trudeau ont rappelé qu'ils avaient l'intention de réduire le taux d'imposition des PME de 11 % à 9 %, pour aider la création d'emplois.

Stephen Harper a soutenu que les libéraux et les néo-démocrates proposaient des augmentations sur d'autres formes d'impôt, comme les cotisations pour le Régime de pensions du Canada et l'assurance-emploi, « qui sont 10 fois plus importantes que les réductions d'impôts qu'ils promettent aux petites entreprises ».

Justin Trudeau a rappelé qu'il promettait aussi d'augmenter le taux d'imposition du 1 % des Canadiens les plus riches afin de réduire celui de la classe moyenne. Le chef libéral a aussi soutenu que les néo-démocrates parlaient beaucoup des inégalités de revenus, mais qu'ils ne faisaient rien pour y remédier.

Thomas Mulcair a répliqué en rappelant un vote du chef libéral pour des baisses d'impôt aux plus riches dans le passé, ajoutant qu'il avait aussi appuyé la loi antiterroriste issue du projet C-51, critiquée par plusieurs pour les menaces qu'elle fait peser sur les droits et libertés.

« Votre expérience est de faire de la politique avec tout », a lancé M. Trudeau à l'intention du chef néo-démocrate.

Se loger à prix abordable

Sur la manière de contrer la bulle immobilière, Justin Trudeau a soutenu qu'il fallait s'assurer que les revenus des Canadiens augmentent au même rythme que le prix de leur maison, et qu'il fallait ainsi favoriser la croissance économique, ce qui n'a pas été le cas des conservateurs, selon le chef libéral.

Interrogé sur la volonté de limiter la propriété étrangère de maisons résidentielles, M. Trudeau a affirmé qu'il fallait avoir un meilleur portrait de la situation, et que cela n'était plus possible depuis le retrait par les conservateurs du formulaire détaillé et obligatoire de recensement. Il s'est d'ailleurs engagé à le réintroduire s'il est porté au pouvoir.

Thomas Mulcair a rappelé son engagement d'offrir 1 million de places en garderie à 15 $ par jour afin d'aider les familles, de même que sa volonté d'augmenter le salaire minimum fédéral à 15 $ de l'heure, une mesure qui toucherait 100 000 travailleurs et qui pourrait influencer d'autres employeurs, selon le chef néo-démocrate.

Stephen Harper a soutenu que le taux de propriétaires de maison avait augmenté à un niveau record. « Nous avons maintenant un taux de propriétaires plus élevé qu'aux États-Unis parce que les gens ont pu tirer profit des faibles taux d'intérêt au moment où leurs perspectives d'emploi étaient bonnes et fiables, et que leurs revenus étaient en hausse », a soutenu le chef conservateur.

De l'immigration économique à la crise des réfugiés

Le sujet de l'immigration devait être abordé sous l'angle économique, mais la crise des réfugiés s'y est invitée.

Le chef libéral Justin Trudeau a abordé ce sujet en accusant le premier ministre sortant d'avoir fait des compressions dans les soins aux réfugiés, ce que Stephen Harper a nié. Le chef conservateur a affirmé qu'il avait limité l'accès aux soins seulement pour les demandeurs du statut de réfugié, pour ne pas qu'ils obtiennent de meilleurs soins que les « Canadiens ordinaires ». Cette décision a été jugée illégale par les tribunaux.

Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair a accusé M. Harper d'« attiser la peur » et l'a invité à « cesser d'utiliser la sécurité comme excuse pour ne rien faire ». « Les Canadiens veulent un premier ministre qui comprend l'urgence d'une crise comme celle de la Syrie », a lancé M. Mulcair.

Stephen Harper a continué d'affirmer que son approche se distinguait plutôt de celle, « insouciante » de ses adversaires. 

M. Harper a vanté l'approche de son gouvernement qui mise, selon lui, sur l'apport économique de l'immigration. Tandis que M. Trudeau affirmait que les immigrants sont plus que des travailleurs, M. Mulcair a rappelé les changements apportés au programme de travailleurs étrangers temporaires par le gouvernement Harper, et leurs conséquences sur de nombreuses entreprises au Canada.

Énergie et environnement

Interpellé sur sa promesse d'établir un marché du carbone, Thomas Mulcair a rejeté l'idée que cela pourrait avoir un impact négatif sur l'économie d'une province comme l'Alberta, soutenant plutôt qu'il est possible d'investir dans les technologies vertes avec les revenus tirés d'un tel système d'échange de crédits d'émissions de gaz à effet de serre.

Le chef libéral Justin Trudeau a accusé M. Mulcair de vouloir imposer une bureaucratie, à partir d'Ottawa, à des provinces qui se sont déjà engagées dans la création d'un marché du carbone. Pour le chef conservateur Stephen Harper, un système d'échange de crédits d'émissions ne sert qu'à augmenter les revenus du gouvernement.

Au sujet du développement du secteur énergétique, M. Mulcair a continué d'accuser Stephen Harper d'avoir nui à la construction de pipelines en éliminant des règles environnementales.

M. Trudeau a pour sa part accusé Stephen Harper d'avoir fait des sables bitumineux des « parias » sur la scène internationale en opposant environnement et économie. Il a tourné en dérision une affirmation de Stephen Harper voulant qu'il soit le meilleur ami que Calgary n'ait jamais eu. « Avec des amis comme Stephen Harper, l'Alberta n'a pas besoin d'ennemis », a résumé le chef libéral.

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