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Un engagement canadien au Mali « en deçà des attentes », selon Jocelyn Coulon

L'annonce, par le gouvernement Trudeau, de l'envoi de troupes en mission de paix auprès des forces de l'ONU déployées au Mali représente, aux yeux de Jocelyn Coulon, un certain désengagement d'Ottawa face aux enjeux politiques du conflit dans ce pays d'Afrique.

En entrevue au Téléjournal, M. Coulon, ancien conseiller en relations internationales auprès de l'ex-ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, et depuis redevenu chercheur au Centre d'études en relations internationales de l'Université de Montréal (CÉRIUM), a répondu aux questions de Céline Galipeau, au Téléjournal.

Cette annonce, on l'attendait depuis longtemps; est-elle à la hauteur des attentes?

Non, elle n'est pas à la hauteur des attentes, puisqu'en août 2016, le gouvernement avait dévoilé sa politique d'opérations de la paix – elle était très ambitieuse – et durant tout l'automne et une partie de l'hiver 2016, nous avons travaillé sur plusieurs scénarios de déploiement en Afrique, dont le Mali.

Je pourrais dire que le scénario Mali était prêt dès décembre 2016.

Alors, pourquoi attendre?

Il y a certainement toutes sortes de raisons; comme vous savez, le ministre Dion a été congédié le 10 janvier [2017] et les conseillers politiques ont aussi pris la porte. Je n'étais donc plus dans le secret des dieux, mais j'estime que le premier ministre a hésité... Peut-être face à l'ampleur de la mission, à son coût, et au fait qu'il ne veut pas s'engager politiquement et diplomatiquement dans la résolution d'un conflit.

D'ailleurs, l'annonce de [lundi] matin est essentiellement technique et militaire. On déploie des Canadiens, c'est-à-dire jusqu'en septembre 2019, quelques semaines avant les élections générales d'octobre, et on ne s'occupe pas des aspects politiques et diplomatiques, alors que cela a toujours été notre tradition lorsque nous étions impliqués dans les opérations [de maintien de la paix].

Donc, d'après vous, le Canada aurait pu faire plus? Certains avaient évoqué que le Canada prenne la tête de cette mission au Mali.

Non seulement on en avait parlé, mais un général canadien avait été reçu en « audition » par les Nations unies, et l'ONU était prête à le nommer, sauf que le gouvernement a tergiversé, le premier ministre a reculé, et nous nous sommes retrouvés en 2017, à attendre la conférence de Vancouver, de novembre dernier, où a été présentée une annonce en demi-teinte.

Aujourd'hui, vous avez le résultat de ces tergiversations.

Évidemment, on affirme que « c'est ce dont avaient besoin les Nations unies »...

Cela ne fonctionne pas tout à fait comme cela; on a fait comprendre à l'ONU que nous avions des moyens disponibles limités, et les Nations unies nous ont envoyé une demande en disant « c'est bizarre, c'est exactement ce que je veux ».

C'est la diplomatie qui joue, ici.

La contribution du Canada sera-t-elle utile au Mali?

C'est utile, parce que nous remplaçons les Allemands. Mais faisons-nous une différence? Le premier ministre a toujours parlé d'un retour du Canada sur la scène internationale pour faire la différence.

Or, là, nous ne la faisons pas; nous remplaçons les Allemands, et seulement pour un an, alors qu'il faudrait être là pour plusieurs années.

Tout le monde sait que les missions de paix, ça prend du temps.

L'ONU est à Chypre depuis 1964, et le conflit n'est toujours pas réglé. Cela ne veut pas dire que nous allons rester 50 ans au Mali, cela fait quatre ans que la mission est là.

Est-ce que cela pourrait être lié à la possible obtention d'un siège au Conseil de sécurité?

Cela pourrait être le cas, mais si l'on se retire en septembre 2019, le vote a lieu en juin 2020, et tous les pays auront oublié que le Canada s'est déployé au Mali.

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