Le conseil général de l'aile québécoise du Parti conservateur du Canada s'ouvre samedi avec l'annonce du recrutement d'un ancien chef du Bloc québécois, Michel Gauthier, à titre de membre de la formation politique. Lors d'une cérémonie hautement médiatisée, il a rempli sur place son formulaire d'adhésion, peu de temps après son arrivée.

Les conservateurs ont voulu marquer un grand coup en profitant du rassemblement à Saint-Hyacinthe pour accueillir au sein de leurs rangs l'ancien député de la formation indépendantiste.

Ce dernier ne se présentera pas sous la bannière conservatrice au scrutin d'octobre 2019, mais il s'impliquera aux côtés des candidats québécois qui brigueront les suffrages.

Sans référendum sur l'indépendance du Québec à l'horizon, M. Gauthier estime que c'est le Parti conservateur qui représente le mieux ses positions politiques.

L'arrivée de Michel Gauthier comme membre du Parti conservateur est hautement symbolique, alors que le Bloc québécois est en pleine déroute depuis des mois sous la houlette de la chef Martine Ouellet.

Les conservateurs espèrent pouvoir être les grands bénéficiaires du transfert du vote nationaliste au Québec, comme l'a signalé leur chef, Andrew Scheer, dans une lettre ouverte qu'il a signée en mars dernier.

Aux yeux d'Alain Rayes, lieutenant politique du parti pour le Québec, il faut évaluer l'adhésion de M. Gauthier à l'aune de « tout le cheminement qu'il a parcouru. Ce n'est pas un geste simple pour une personne comme lui ».

« De voir qu'il nous appuie, qu'il affirme que le seul parti qui peut défendre les intérêts du Québec à Ottawa, selon lui, est le Parti conservateur du Canada, je pense que cela enverra un message d'abord à nos militants, mais aussi à tous les Québécois et les Québécoises. »

« Ouverture envers les Québécois »

En entrevue sur les ondes de RDI, M. Gauthier, qui « n'a milité au sein d'aucun parti politique » depuis son départ du Bloc québécois en 2007, évoque un « réalignement nécessaire ».

« De plus en plus, avec ce qui se produit à Ottawa [...], il faut que les Québécois se choisissent un gouvernement. Je pense que le gouvernement actuel est incorrect sur beaucoup de plans, et les conservateurs, avec un nouveau chef, une nouvelle équipe, un nouveau programme, risquent de faire un bon nouveau gouvernement », a-t-il déclaré.

Pour expliquer son geste, M. Gauthier a rappelé que « dès 2005-2006 », il avait dit estimer que le Bloc avait fait son temps et qu'il « ne pouvait pas s'incruster à Ottawa ».

« Maintenant, je trouve que le Parti conservateur est celui qui manifeste le plus d'ouverture au Québec, et de loin », a-t-il poursuivi.

L'ex-bloquiste estime ainsi qu'il est nécessaire de continuer de militer au sein du PCC pour s'assurer que cette ouverture subsiste.

S'il reconnaît ne pas être d'accord avec toutes les positions de son nouveau parti, M. Gauthier souligne qu'« en ce moment, les propositions [lui] conviennent très bien ».

Outre M. Gauthier, le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, a lui aussi pris sa carte du parti, samedi. Le premier magistrat n'évoque toutefois pas encore une candidature officielle.

« Alternative »

Le Parti conservateur du Canada veut être perçu comme « une alternative sérieuse pour le Québec », titre qui coiffe le cahier de 73 résolutions distribué aux quelque 400 militants qui ont convergé à Saint-Hyacinthe pour le week-end.

Les conservateurs ont fait élire un nombre record de 12 députés québécois aux dernières élections d'octobre 2015, et ce, en dépit de l'impopularité de l'ancien chef Stephen Harper.

Dans la circonscription où se tient le conseil général, Saint-Hyacinthe-Bagot, les troupes conservatrices ont toutefois terminé quatrièmes aux dernières élections, malgré la présentation d'un candidat vedette. Une situation que la députée néo-démocrate de l'endroit, Brigitte Sansoucy, ne s'est pas gênée de rappeler aux médias, samedi matin.

« Je pense qu'il ne suffit pas de sourire et d'aller à Tout le monde en parle pour que tout à coup, le Parti conservateur se transforme; ce que je vois en Chambre, à tous les jours, c'est le même Parti conservateur que nous avons eu pendant 10 ans avec Stephen Harper, les mêmes positions... », a précisé Mme Sansoucy en évoquant entre autres le passage du chef Andrew Scheer sur le plateau de l'émission radio-canadienne.

Offensive médiatique

Les conservateurs tâchent ainsi de mettre en valeur le nouveau capitaine du navire, Andrew Scheer, en misant sur une stratégie médiatique qui s'est notamment déployée avec la présence de M. Scheer sur le plateau de l'émission dominicale.

Son prédécesseur avait toujours refusé d'y mettre les pieds. On a ainsi voulu marquer une rupture avec l'ère Harper.

Mais pour les libéraux, les néo-démocrates et les bloquistes, le changement n'est que cosmétique, alors que la semaine politique à Ottawa a été marquée par le cri aux Communes d'un conservateur du Manitoba, Ted Falk, pour qui l'avortement, « ce n'est pas un droit ».

Le chef Scheer est lui-même opposé à l'avortement, mais il a promis que jamais, sous sa gouverne, ce débat ne serait rouvert. Stephen Harper a eu la même approche pendant sa décennie au pouvoir.

Le prochain test en terre québécoise, pour M. Scheer et son parti, aura lieu lors de la future élection partielle dans la circonscription de Chicoutimi-Le Fjord, rendue vacante par le départ du député libéral Denis Lemieux en 2017.

On ne connaît pas encore la date de déclenchement de cette élection complémentaire.

Avec les informations de Raphaël Bouvier-Auclair

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