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Un expert doute de la viabilité d’un projet de métro aérien à Québec

Au lendemain de la sortie des promoteurs d'un métro aérien à Québec qui reprochent à l'administration Labeaume d'avoir écarté leur proposition avant même d'avoir pris le temps de l'étudier, un expert a donné son avis sur ce projet jeudi matin, à l'émission Première heure. Jean Dubé est professeur à l'école supérieure d'aménagement du territoire et de développement régional à l'Université Laval.

Question : Est-ce qu’un métro aérien est un projet réalisable à Québec ?

Réponse : « Oui, c’est plausible. Ça fait partie de, j’imagine, de la gamme des scénarios qui ont été étudiés avant d’arriver à la proposition finale. Est-ce que c’est exactement la façon dont le promoteur le présente ici? Peut-être pas. Ceci étant, on fait beaucoup de parallèles par exemple avec Vancouver. Oui, le skytrain à Vancouver est surélevé pendant une partie de son trajet, mais quand il arrive au centre-ville, il plonge. Donc, c’est aussi un métro sous-terrain ».

Question : À Vancouver, la partie extérieure, c’est un rail qui est suspendu, contrairement à ce qui est présenté à Québec ?

Réponse : « Il y a une légère différence. La particularité de ce type de transport, c’est en milieu urbain qu’il est très difficile à implanter. Est-ce que ça peut être une solution qui est intéressante pour lier, par exemple, l’aéroport de Québec au centre-ville à Sainte-Foy ? Probablement. Est-ce que ce genre de transport en milieu urbain dense est viable ? Probablement pas dans la mouture qu’on nous présente. »

Question : Mais sur la trame urbaine de Québec, est-ce que placer un projet de métro aérien comme ça défigurerait la ville comme le prétend le maire Régis Labeaume ?

Réponse : « Ce n’est pas exactement la même chose, mais il suffit de regarder les bretelles d’autoroutes quand on veut passer de la Basse-Ville à la Haute-Ville, ça va avoir un peu le même genre d’aspect. Ou on peut penser à l’autoroute 40 qui passe en plein milieu de Montréal. Est-ce que ça vient casser la trame urbaine? Oui, quand même de façon considérable. Est-ce que c’est la meilleure solution à proposer dans des milieux urbains très denses, comme le quartier historique de Québec? Je ne suis pas persuadé. »

Question : La facture revient constamment dans les discussions. On dit que ce serait deux fois moins cher que le tramway. Est-ce que les promoteurs pourraient véritablement réaliser un projet comme celui-là avec une facture beaucoup moins élevée qu’un tramway traditionnel ?

Réponse : « Bonne question et c’est difficile d’y répondre. Il faudrait voir et comparer avec ce qui a été fait. Par exemple, avec ce qu’a coûté le skytrain, donc le prolongement du métro jusqu’à l’aéroport de Vancouver. Mais seulement la partie extérieure. »

Question : Il y a d’autres exemples de métro aérien sur la planète. Est-ce qu’on serait capable de transporter ces modèles-là à Québec ?

Réponse : « Personnellement, je n’ai pas vu beaucoup d’études qui ont porté sur l’impact d’un métro suspendu, mais ça reste à voir. Je ne suis pas persuadé que les effets soient aussi grands et aussi intéressants de ce qu’on pourrait attendre avec un tramway. »

Question : Ça devient donc une espèce de vie économique et sociale à deux étages à ce moment-là ?

Réponse : « On fait beaucoup le lien avec Vancouver. Quand on sort du centre-ville, ça ne donne pas un espace qui est super chic. Et on arrive dans East Vancouver, qui est l’un des endroits le plus criminalisé au Canada. Il ne faut pas y voir une corrélation parfaite, mais ça fait des secteurs qui ne sont pas nécessairement très attirants. Quand on ne fait pas des secteurs que la population veut s’approprier, c’est quelqu’un d’autre qui va le faire. »

Question : Est-ce qu’on aurait tout de même dû prendre le temps d’étudier le projet à la Ville de Québec ?

Réponse : « Je ne suis pas sûr qu’on ne l’a pas fait. Le réseau de transport structurant tel qu’il nous est présenté présentement, ça n’a pas été fait sur un coin de table. Ça fait des années qu’il y a du monde qui table sur ça. Qu’ils vont chercher de l’information à gauche et à droite. Ce n’est pas juste l’aspect économique, à savoir est-ce que je sauve 700 millions ? Si ça génère plus un transport au sol qu’un transport aérien, même s’il est plus coûteux, il peut être beaucoup plus rentable. Il faut prendre en considération la trame urbaine et l’aspect social. L’aspect économique doit évidemment faire partie de l’équation, mais ce n’est pas tout ».

Question : On a dit qu’un projet de métro aérien permettrait de relier les villes de Québec, Lévis et l’aéroport pour un grand projet intégré. Est-ce que ça apporterait certaines solutions à certaines problématiques vécues par les villes ?

Réponse : « Le système de transport dans la région de Québec doit être complémentaire. Ce n’est pas juste un tramway, ce n’est pas juste du bus, ce n’est pas juste du train.Ça, ça fait partie des solutions qui peuvent être proposées pour voir comment on peut intégrer le reste de la région de Québec, incluant Lévis. Mais il y a d’autres solutions comme le tram-train qui permettrait de rouler sur rails au sol et donc, qui permettrait d’emprunter des chemins déjà existants. »

D'après l'entrevue réalisée par Guillaume Dumas

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