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Un gouvernement de consensus, sans partis, dans le Grand Nord

Les résidents des Territoires du Nord-Ouest qui iront aux urnes lundi ne verront aucun signe de parti politique sur leur bulletin de vote. Le gouvernement territorial en est un de consensus où les partis n'existent pas.

Un texte de Sylvain Bascaron

Ce qui existe, comme partout ailleurs, c'est le porte-à-porte. Le premier ministre sortant, Bob McLeod, en fait. « Bonjour, je m'appelle Bob McLeod, je voudrais être votre député », dit-il simplement à chaque électeur qu'il rencontre. Il ne se présente pas comme premier ministre, mais comme député. Il n'est chef d'aucun parti. Et s'il est élu, rien ne l'assure d'obtenir un poste de leader dans le prochain gouvernement.

Quand les 19 députés, représentant chacun une circonscription de cet immense territoire, seront élus, ils se retrouveront sous le toit en forme d'igloo de l'Assemblée législative. Par un vote secret, ils choisiront leur président d'assemblée, leur premier ministre, et leurs six ministres. Il restera alors 11 « simples députés ».

Pour chacun des enjeux dont l'Assemblée discutera, chaque député aura l'occasion d'exprimer son opinion, de poser des questions, et de voter librement sur les résolutions. Pour comprendre d'où vient l'inspiration de ce type de gouvernement, il faut remonter aux traditions des peuples déné et innu.

« Dans notre culture, à l'automne, avant de partir pour la chasse, toutes les familles se réunissaient pour partager le territoire de chasse », explique Stephen Kakfwi, un ancien chef déné, et un ancien premier ministre des Territoires. « Après des jours et des jours de conversation, dit-il, un plan émergeait, on savait quelle famille irait chasser à quel endroit ».

À l'Assemblée, l'idée est donc de reproduire cette façon de faire. Mais ça reste un idéal. Les pratiques parlementaires restent britanniques, et l'experte en gouvernance autochtone Stephanie Irlbacher-Fox, pense qu'en pratique, c'est autre chose: « La preuve reste à faire à savoir si cette forme de gouvernement fonctionne, si elle est efficace, si elle est à la hauteur des idéaux dont elle s'inspire, explique-t-elle. La tradition autochtone du consensus peut permettre de discuter des jours durant et les règles de la législature empêchent que les discussions s'éternisent ».

Les débats sont donc souvent coupés court. Et puis, lorsque l'Assemblée remet certaines responsabilités entre les mains des ministres, ces derniers n'ont plus besoin de consulter l'ensemble des députés pour chaque décision.

Les critiques du gouvernement par consensus trouvent aussi qu'il empêche une vision d'ensemble. Comme chaque député représente une circonscription, et qu'aucun d'entre-eux n'a d'assurance qu'il sera membre du cabinet, personne ne peut prendre d'engagements précis. Les candidats ne promettent rien à leurs électeurs, parce qu'une fois élu, ils savent qu'ils devront convaincre au moins neuf députés de voter pour chaque projet qu'ils présenteront. Les candidats pensent donc d'abord et avant tout à leur circonscription, au détriment d'un plan d'ensemble pour le territoire.

Malgré tout, pense Stephen Kakfwi, l'idée d'être constamment en quête d'un consensus devrait inspirer les politiciens d'Ottawa:« Un leader doit rassembler son peuple, l'écouter, et formuler une opinion commune de ce qu'il exprime », rappelle-t-il. Il suggère à Justin Trudeau d'écouter tous les députés de la Chambre des Commune, peu importe leur parti, peu importe leur région.

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