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Un lien « clair » existait entre financement politique et obtention de contrats, assure Zambito

L'ancien entrepreneur en construction et ancien président d'Infrabec Lino Zambito, témoin vedette de la commission Charbonneau, voit d'un bon œil les conclusions du rapport dévoilé mardi, mais il aurait aimé en savoir plus sur le financement des partis politiques.

Il juge que certains élus libéraux sortent « écorchés » de la tenue de la commission, mais soutient que l'importance était de mettre au jour « un système » de collusion et non de pointer des individus ou entreprises en particulier. Il aurait toutefois aimé voir d'autres personnes « dans la boîte » des témoins.

« C'est le point faible de la commission. Quand il y a eu un problème avec construction Infrabec, on a amené Lino Zambito à la commission. C'est moi qui ai fait face à la justice et non un de mes employés. Lorsqu'on a touché au financement des partis politiques, j'aurais aimé voir dans la boîte des témoins les chefs des partis politiques, M. Charest, Mme Marois, M. Dumont, et possiblement M. Legault. Il faudrait savoir ce qu'ils savaient et pourquoi ils toléraient que le financement se fasse de cette façon », dit-il en entrevue à Radio-Canada.

Selon Lino Zambito, le lien entre l'octroi de contrats public dans le secteur de la construction et le financement politique est très clair, même si les commissaires n'ont pas pu le démontrer.

« Pourquoi les bureaux d'ingénieurs auraient fait du financement politique électoral si, en échange, ça ne leur donnait rien? Pourquoi ils auraient investi tout ce temps et ces énergies-là? Je pense qu'il faut pousser l'esprit d'analyse et lire entre les lignes », affirme-t-il.

« On n'a pas fait de rapprochement, pour tel financement tu as eu tel contrat. Mais dans l'ensemble, on voit que ceux qui ont contribué aux caisses électorales des partis ont eu des mandats », poursuit-il.

Lino Zambito se demande aussi pourquoi rien dans le rapport ne concerne l'attribution des contrats d'Hydro-Québec. « On a passé une journée et demie à analyser Hydro-Québec. Je pense qu'on aurait besoin d'une commission d'enquête juste sur les contrats donnés à Hydro-Québec dans le Grand Nord et un peu partout », dit-il.

Un témoin clé

La présidente de la commission France Charbonneau a tenu à remercier M. Zambito dans son allocution, mardi, pour sa contribution aux travaux.

« J'ai quand même dressé un portrait assez précis. Il faut retourner à il y a trois ans. Le monde pensait que je sortais de la lune avec mes affirmations, mais le temps, les travaux de la commission ont corroboré mes dires et ce que j'ai démontré. Et aujourd'hui, on peut dire qu'une bonne partie de mon témoignage a été corroboré et prouvé », juge-t-il.

L'ancien entrepreneur presse le gouvernement de mettre en œuvre les recommandations contenues dans le rapport. L'une d'elles concerne la création d'une Autorité ces marchés publics pour assurer une surveillance permanente des processus d'octroi et de gestion des contrats publics.

« La culture est là [...]. Beaucoup d'entrepreneurs [...] qui ont été mentionnés à la commission comme faisant partie d'un système de collusion ont réussi à avoir l'aide de l'Autorité des marchés financiers pour soumissionner. Donc, si on veut sortir les gens collusionnaires du marché pendant cinq ans, ça va prendre un organisme plus sérieux qui va appliquer la loi de façon plus rigoureuse que présentement », dit M. Zambito.

Lino Zambito purge actuellement une peine de deux ans moins un jour dans la collectivité. Il a plaidé coupable à six chefs d'accusations de fraude, de complot et de corruption liés à des contrats décrochés par sa firme, Infrabec, auprès de la Ville de Boisbriand, au nord de Montréal.

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