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Un premier débat télévisé au Canada en 1962

Le 11 novembre 1962 marque la diffusion du premier face-à-face entre deux chefs de parti à la télévision canadienne. Jean Lesage, chef du Parti libéral du Québec et Daniel Johnson, chef de l'Union nationale, s'affrontent lors des élections provinciales québécoises. Cette campagne électorale, bien connue pour le slogan nationaliste « Maître chez nous », passera à l'histoire.

L’ouverture de l’émission spéciale Le débat Johnson-Lesage annonce à elle seule l’importance historique de ce premier débat télévisé. Dans un long préambule, l’annonceur Jean-Paul Nolet expose les règles du jeu de cet affrontement qui durera près de deux heures. Fait étonnant aujourd’hui, ce face-à-face se déroule en toute fin de campagne, soit trois jours à peine avant les élections.

Quatre thèmes ont été prédéfinis par les équipes de chacun des candidats : la nationalisation, dont celle de l’électricité, le gaz naturel avec l'affaire de la Trans-Canada Pipeline, le programme des partis et l’administration libérale depuis 1960. Les candidats disposent de sept minutes pour élaborer sur chacun de ces thèmes. Il n’y a pas d’échanges directs entre les « débattants ». Après chaque intervention, des journalistes présents peuvent poser des questions. Cette table est composée de Paul Sauriol, du quotidien Le Devoir, Gérard Pelletier, de La Presse, Bill Bantey, du quotidien montréalais anglophone The Gazette, Jean V. Dufresne, du Magazine Maclean, ainsi que Lucien Langlois et Clément Brown, du quotidien Montréal-Matin.

Cet extrait de l’émission illustre aussi tout le décorum qui encadre cette première. Le choix de l’animateur et modérateur Raymond Charette a d’ailleurs fait l'objet d'une négociation entre les partis et Radio-Canada.

Dans cette grande entreprise, on remarque aussi certaines maladresses. Radio-Canada voulait s'assurer qu'on ne doute pas de sa neutralité pour l'ordre d'intervention des deux chefs de parti. Un tirage au sort a donc été prévu. Ce second extrait montre tout le protocole qui a entouré la mise en boîte des noms des deux chefs à l’intérieur de deux tubes « identiques » et « scellés » et ce, en présence de représentants pour chaque parti.

En introduction du débat, l’animateur Raymond Charrette peine à faire céder le sceau de la boîte contenant le nom du gagnant de ce tirage au sort. « Je crois que c'est un moment solennel », affirme-t-il, armé d'un couteau x-acto. Solennel et fastidieux, pourrions-nous ajouter avec notre regard d’aujourd’hui.

Jean Lesage sortira grand gagnant de ce débat. Il faut dire que le clan libéral tenait particulièrement à ce que soient abordées les questions de nationalisation de l’électricité et du gaz naturel qui, toutes deux, pouvaient mettre dans l'embarras l'Union nationale et son chef. Plus tard dans le débat, alors que Jean Lesage regarde la caméra, évitant de tourner les yeux vers son adversaire, reste calme et ne se réfère pas à des notes, Daniel Johnson s'énerve, invective Lesage et se perd dans ses papiers.

La soirée électorale de 1962

Si ce débat télévisé marque une première pour Radio-Canada, la soirée électorale qui l’accompagne innove tout autant. Le soir du 14 novembre 1962, en plus de réunir un panel de grands noms du journalisme, l’émission spéciale Les élections provinciales fait aussi appel aux technologies.

Dans cet extrait, l'animateur Lucien Côté annonce que tout a été mis en oeuvre pour livrer les résultats du vote et que les appareils « des grandes soirées d'élection » sont prêts pour être au service de l'équipe : « caméras, téléscripteurs, cerveau électronique IBM ». Figure de proue de cette soirée électorale, l’ordinateur IBM, très sophistiqué pour l’époque, produit des extrapolations et imprime les résultats du scrutin.

Jean Lesage remporte haut la main les élections du 14 novembre 1962. Sa grande aisance lors du débat télévisé du 11 novembre aura certainement contribué à sa victoire.

Au cours de l’élection subséquente, en 1966, Daniel Johnson refuse un débat avec Jean Lesage. Les modalités, et particulièrement la date, ne lui conviennent.

En 1970 et 1976, Robert Bourassa, chef du Parti libéral du Québec et René Lévesque, chef du Parti Québécois, débattront uniquement sur les ondes de la radio.

Il faudra attendre les années 90 avant que l’exercice du débat télévisé devienne un moment incontournable de toute campagne électorale.

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