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Un réfugié débouté au Canada accepté aux États-Unis

Le Congolais Youri Lemba, qui avait demandé l'asile en traversant légalement la frontière à Fort Érié en 2014, a obtenu l'asile en territoire américain. Cet opposant au régime Kabila avait été renvoyé à Buffalo en vertu de l'entente sur les tiers pays sûrs entre le Canada et les États-Unis.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Youri Lemba n'aura finalement pas attendu en vain la décision d'un tribunal américain qui lui a accordé mardi dernier le statut de réfugié un an après avoir soumis sa demande. « Je suis très heureux, j'ai appelé ma femme au pays, elle ne me croyait pas, elle s'est mise à pleurer », dit-il. M. Lemba affirme que la décision ne pouvait pas mieux tomber compte tenu des affrontements meurtriers à l'heure actuelle au Congo-Kinshasa.

Sa priorité consiste maintenant à faire venir sa femme et son fils de huit ans aux États-Unis le plus tôt possible. « Mon épouse m'a dit au téléphone que ma cause était juste, que j'étais un battant, elle m'a félicité mais elle était étonnée. »

M. Lemba explique que sa femme était très inquiète à cause des politiques anti-immigration du président Trump. « Elle me disait de tenter encore ma chance au Canada et de soumettre une nouvelle demande d'asile. » Il lui avait expliqué qu'il ne pouvait mettre en danger sa situation aux États-Unis en retournant à Fort-Érié.

Le secrétaire juridique Jerry Owassi, qui s'est occupé de son dossier, explique que le juge a reconnu que Youri Lemba était persécuté dans son pays et que sa vie serait en danger s'il devait y retourner. « Le juge a cru tous les témoignages de Youri, tout était véridique compte tenu de sa situation au pays, il a considéré qu'il était un candidat à l'asile crédible », précise-t-il.

L'avocate Sophie Feal ajoute que Youri a eu beaucoup de chance, parce que le taux d'échec est assez élevé parmi les ressortissants congolais qui demandent l'asile aux États-Unis par rapport aux ressortissants syriens. « J'imagine que les juges se font leur propre idée de ce que revêt la persécution d'un pays par rapport à un autre », dit-elle.

Si tout va bien, Youri Lemba devra attendre un an avant de demander la résidence permanente et cinq autres années pour solliciter la citoyenneté américaine. M. Owassi souligne que M. Lemba n'a pas à s'inquiéter des récents décrets de l'administration Trump. « S'il observe les lois, il ne pourra pas être renvoyé chez lui », dit-il.

Mme Feal ajoute qu'il aura maintenant droit à de nombreux services pour faciliter son insertion dans la société, comme des cours de langue ou des aides au logement par exemple. « Il a aussi bénéficié du fait qu'il n'est ni musulman, ni latino-américain », précise-t-elle.

M. Owassi ajoute que l'histoire de Youri Lemba cache néanmoins une autre réalité. Selon lui, plusieurs étrangers continuent de traverser clandestinement la frontière à Fort-Érié, en payant le prix d'un passage, et cachés à bord de camions.

Il cite l'exemple récent d'une famille angolaise d'origine congolaise qui a quitté Buffalo et dont il n'a plus jamais entendu parler. « Cela prouve qu'ils ont réussi leur coup, parce que les douaniers canadiens les auraient expulsés vers Buffalo s'ils avaient été découverts. »

M. Owassi refuse de les identifier pour leur sécurité. Il explique toutefois qu'il est plus facile d'obtenir un visa de séjour des États-Unis si on est Angolais que si on est Congolais pour des raisons qu'il dit ignorer. « Leur première intention est d'aller au Canada, parce que c'est un pays qui a le français comme langue officielle et qu'il est beaucoup plus facile de s'y intégrer. »

Selon lui, beaucoup d'Africains, en particulier les francophones, demandent le statut de réfugié aux États-Unis parce qu'ils ont été refusés au Canada dans un premier temps. Il souligne même que certains réfugiés qui sont devenus Américains n'hésitent pas à redoubler d'efforts pour aller vivre au Canada, même si leur nouvelle citoyenneté leur confère la sécurité aux États-Unis.

Mme Feal croît plutôt que le Canada connaîtra dans les 18 prochains mois une nouvelle vague de réfugiés avec, cette fois, l'arrivée de Salvadoriens à la frontière. Elle rappelle que l'administration Trump a récemment mis fin au programme de protection temporaire dont jouissaient 200 000 ressortissants du Salvador.

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