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Un rejet du libre-échange UE-Canada serait « désolant », selon Trudeau

Le premier ministre français, Manuel Valls, et son homologue canadien, Justin Trudeau, ont livré un vibrant plaidoyer en faveur de l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne (UE) au terme d'une rencontre à Ottawa.

« C'est un moment pour l'Europe de décider à quoi sert l'Union européenne, a déclaré Justin Trudeau. Si on trouve, dans une semaine ou deux, que l'Europe est incapable de signer une entente progressive, commerciale, avec un pays comme le Canada, avec qui l'Europe pense-t-elle faire affaire dans les années à venir? »

En cette ère post-Brexit, le premier ministre Trudeau a indiqué qu'un rejet de l'accord de libre-échange entre l'UE et le Canada enverrait au monde entier le message « que l'Europe est peut-être en train de choisir une voie pas très productive ni pour ses citoyens ni pour le monde, et ce serait vraiment désolant ».

M. Valls a, de son côté, réitéré l'appui « sans ambiguïté » de la France envers l'accord de libre-échange Canada-UE. Il a ajouté qu'il fallait convaincre les Wallons de Belgique d'entériner l'accord. Les Wallons, qui détiennent un droit de veto sur l'adoption par la Belgique du traité, s'opposent à l'accord de libre-échange.

L'accord doit être signé le 27 octobre prochain à Bruxelles, mais il suscite les réticences de plusieurs pays membres de l'Union européenne, notamment l'Allemagne et la Belgique.

Laïcité contre multiculturalisme

Les deux premiers ministres ont tenté de minimiser leur approche respective - laïcité contre multiculturalisme - quant à la place des symboles religieux dans l'espace public. La laïcité permet à tous les croyants de pratiquer leur propre culte en toute liberté, a déclaré M. Valls en précisant que l'islam était la deuxième religion en France et qu'elle faisait partie de son histoire. Il a également souligné que l'islam était compatible avec la démocratie et l'égalité des sexes.

Quant à M. Trudeau, il a insisté sur l'objectif commun aux deux approches : démontrer au groupe armé État islamique et aux intégristes que l'islam est compatible avec les sociétés occidentales. Le premier ministre canadien a convenu que les moyens d'y parvenir différaient, mais que l'objectif demeurait le même.

Les dossiers des changements climatiques et de la participation du Canada à des missions de paix, notamment au Mali, ont également occupé les deux premiers ministres.

MM. Valls et Trudeau prendront ensuite la route de Montréal, où ils rencontreront le premier ministre du Québec, Philippe Couillard. La présence de M. Trudeau s'avère plutôt inhabituelle, puisque la rencontre entre MM. Valls et Couillard s'effectue durant la 19e rencontre alternée entre les premiers ministres français et québécois.

Le chef du gouvernement français rencontrera aussi le nouveau chef de l'opposition officielle, Jean-François Lisée, vendredi, à Québec. Cette rencontre aura lieu en marge du premier caucus péquiste de M. Lisée depuis son élection à la tête du Parti québécois. Il s'agira en outre pour ce dernier d'une première rencontre avec un dirigeant étranger depuis sa victoire de vendredi dernier.

M. Valls profitera de l'occasion pour se rendre à Saint-Pierre-et-Miquelon samedi. Il y évoquera le développement économique maritime et touristique de l'archipel rétrocédé à la France il y a 200 ans.

Lisée salue l'entente Canada-UE, mais ...

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, voit d'un bon œil l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne, d'autant plus, selon lui, que les Européens ont abandonné l'idée d'un traité avec les États-Unis. « Les entreprises québécoises ont beaucoup à gagner à ce que les tarifs à l'importation, qui sont de 9 à 15 %, soient éliminés pour nos produits sur le territoire européen et pas pour les produits des États-Unis », a dit Jean-François Lisée.

Il déplore toutefois que le Canada, qui « a négocié le bœuf de l'Ouest », ait « laissé tomber [les] agriculteurs, [l']industrie laitière et fromagère [du Québec] ».

Sur la question de la laïcité et dans une allusion aux propos de Philippe Couillard, M. Lisée a dit : « [J'espère que] le premier ministre a su se tenir et n'a pas dit à M. Valls ce qu'il a dit à mon propos, alors que M. Valls a des propositions et des actions sur la laïcité qui sont plus affirmées que les miennes. J'espère que M. Couillard n'a pas dit qu'il [Manuel Valls] était mauvais pour l'humanité. »

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