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Un REM précipité pour des politiciens pressés

Depuis la publication du rapport du Bureau d'audiences publiques en environnement, deux politiciens pressés sont montés au créneau pour dire, essentiellement, qu'ils allaient l'ignorer : Philippe Couillard et Denis Coderre, qui a résumé toute sa pensée en disant : « Le BAPE, ce n'est pas le pape. »

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi info

Pour des raisons politiques différentes, autant le premier ministre du Québec que le maire de Montréal ont besoin que le REM soit mis en chantier rapidement.

Pour M. Couillard, il s’agit d’une promesse électorale faite aux électeurs des comtés de l'Ouest-de-l'Île, qui appuient le Parti libéral du Québec depuis toujours. Pour lui, il est bien plus facile de faire accepter ce cadeau à ses fidèles électeurs s’il s’agit d’un projet de la Caisse de dépôt et placement du Québec plutôt que de son gouvernement. Un projet du gouvernement qui ne s’étendrait qu’à l’ouest de la rue McGill serait, en effet, pas mal plus difficile à justifier et à défendre.

Pour M. Coderre, c’est un projet clé en main, qui pourrait faire oublier qu’il est sans doute le maire de Montréal qui a démontré le moins d’intérêt pour le transport collectif. Il n’a d’ailleurs presque rien réalisé de ses engagements déjà modestes de la dernière campagne électorale.

Mais, ce faisant, MM. Couillard et Coderre sont en train de se créer un gros problème de nature très politique. En ignorant les questions pertinentes que pose le BAPE, ils font en sorte que ce n’est plus le projet d’un organisme indépendant du gouvernement. Le REM, maintenant, c’est leur projet. Et tout ce qui pourrait tourner mal devient leur propriété.

Vices de gouvernance

Par exemple, il y a des vices de gouvernance évidents qui ont été démontrés par le BAPE. Ainsi, le REM échappera à la juridiction de la future Autorité régionale de transport métropolitain, qui sera chargée de coordonner les diverses sociétés de transport et de mettre de l’ordre dans leur tarification.

C’est ainsi qu’un projet déjà déficient quant à son intégration avec les autres réseaux de transport collectif serait indépendant sur la question essentielle de la tarification.

Ce n'est pas rassurant quand on sait que la Caisse, jusqu’ici, a agi comme un État dans l’État. Elle a refusé d’informer pleinement le BAPE sur des éléments pourtant essentiels pour évaluer le projet, comme l’achalandage ou le cadre financier.

De même, elle tient à un échéancier aussi serré qu’immuable, ce qui ne peut que susciter des réserves, compte tenu de l’enjeu. Mais, tout comme MM. Couillard et Coderre, la Caisse est imperméable à l’argument qu’il vaudrait mieux prendre un peu plus de temps plutôt que de se tromper.

Par ailleurs, si la Caisse, dans 15 ou 30 ans, décide qu’elle ne veut plus du REM dans son portefeuille, elle pourra le vendre à qui voudra bien l’acheter sans demander la permission au gouvernement ou à quiconque. Cet équipement collectif payé en grande partie par des fonds publics pourra être tout simplement vendu à des intérêts privés et même étrangers.

Le déséquilibre ouest-est

Enfin, il y a la question essentielle du déséquilibre entre le développement de l’ouest de l’île et celui de l’est. En particulier des quartiers du nord-est, parmi les plus densément peuplés de Montréal. Ces quartiers – qui constituent la base politique de Denis Coderre, soit dit en passant – ont une population équivalente à celle de l'Ouest-de-l'Île, pour une offre de transport nettement inférieure, même avant le REM.

Des gens à qui on a promis le métro nombre de fois et qui l’ont plutôt vu se développer vers l’ouest ou Laval. Des usagers qui n’auront plus droit au lien direct au centre-ville qu’est aujourd’hui le train de l’Est.

Il est évident que le REM va augmenter ce déséquilibre de transport collectif entre l’ouest et l’est de l’île, avec tout ce qu’un nouvel investissement structurant à l’ouest signifiera pour le développement économique de cette région. Un déséquilibre qui ne serait que légèrement atténué par cinq nouvelles stations de métro sur la ligne bleue.

Toutes ces interrogations, autant celles du BAPE que celles de nature plus politique, devraient recevoir des réponses avant d'aller plus loin. Mais MM. Couillard et Coderre, comme la Caisse, sont beaucoup trop pressés.

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