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Une blague du ministre des Affaires autochtones crée un malaise

Une blague du ministre responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, a été mal reçue jeudi par des représentants des Premières Nations lors d'une conférence de presse destinée à annoncer un projet de loi qui reconnaît leurs pratiques en matière d'adoption.

Un texte de Mylène Crête

« Dans certains cercles, on fait des commentaires sur la notion de "indian time", mais parfois "government time" aussi laisse à désirer », a dit le ministre à la blague en faisant référence au fait que le gouvernement a mis huit ans pour aboutir à un projet de loi qui vise, entre autres, à reconnaître la tradition des adoptions coutumières dans les communautés autochtones.

Un faux pas qui illustre les préjugés auxquels les Premières Nations font face, estime la présidente de Femmes autochtones du Québec, Viviane Michel, puisque l'expression « indian time » peut être utilisée pour insinuer que les Autochtones sont souvent en retard.

« Ce n'est pas approprié, surtout avec ce qu'on est en train de faire, remarque-t-elle. On entend toujours ce mot-là lorsqu'on veut rire de nous-mêmes. Lorsqu'on doit être à telle place à telle heure, on emploie ce mot-là comme excuse, mais venant de M. Kelley... »

« Il est très familier avec les Premières Nations, reconnaît-elle. Il devrait peut-être corriger un certain langage pour ne pas accentuer les préjugés. »

Questionné par les journalistes, Geoffrey Kelley a dit avoir plutôt voulu faire une blague sur la lenteur du gouvernement. « Honnêtement, je voulais dire que ça prend du temps parce que ce sont des questions qui sont complexes, précise-t-il. "Government time" est long aussi et c'était le parallèle que je voulais établir. »

Durant la conférence de presse, le ministre a été repris par la présidente du Conseil Cri de la santé et des services sociaux de la Baie James, Bella Petawabano. « L'expression "indian time" veut vraiment dire terminer les choses à l'avance, a-t-elle souligné. Je ne sais pas qui a changé le sens de cette expression au fil du temps. »

Aider les enfants à trouver leurs parents biologiques

Le projet de loi en question vise à lever le secret qui a autrefois entouré les adoptions en permettant aux enfants de connaître le nom de leurs parents biologiques. Il reconnaît également les adoptions coutumières - c'est-à-dire par la famille élargie - pratiquées dans les communautés autochtones. 

Ces changements permettront aux enfants adoptés de connaître enfin leurs racines. « C'est important pour une personne de connaître son identité. Elle sait qui elle est, elle sait d'où elle vient à la limite elle va savoir où elle va, indique la présidente du Mouvement retrouvailles, Caroline Fortin. Il y a des choses innées qu'on a, mais on ne sait pas d'où ça vient. Avec cette ouverture, on aura au moins le nom de la mère. »

Le processus qui a mené au dépôt du projet de loi 113 a débuté en 2008 sous le gouvernement de Jean Charest. Les communautés autochtones, qui ont été longuement consultées, ont tenu à remercier le gouvernement pour la reconnaissance de leurs traditions. « On peut voir maintenant l'acceptation des différences », dit Viviane Michel, pour qui ce processus de consultation s'est fait dans l'esprit de la Déclaration des Nations unies sur les peuples autochtones.

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